Une place au soleil

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De George Stevens

« If he’s innocent, I’ll get the best defence I can get for him. If he is guilty, I won’t spend a single cent to save him from the electric chair! » (Charles Eastman)

Synopsis : George Eastman est embauché par son oncle pour travailler dans son usine, en bas de l’échelle. Issu d’une branche défavorisée de la famille, il ambitionne de gravir les échelons sociaux…

Attention vous entrez dans la zone spoiler.

Contre le règlement qui interdit à un membre de la famille de sortir avec des employés, il fréquente une ouvrière, Alice. Au cours d’une soirée dans la haute société, il tombe amoureux d’Angela Vickers. Une idylle passionnée nait entre les deux jeunes gens. Il souhaite quitter Alice mais elle lui apprend sa grossesse. Empêtré dans cette relation, George part en vacances dans la maison de campagne des parents d’Angela. Il se voit offert un poste à la direction de l’usine. Alice découvre dans la presse sa relation avec Angela et le menace de tout révéler s’il ne l’épouse pas. Il l’emmène piqueniquer sur un lac pour la noyer. Mais le soir venu, il est déchiré entre son rêve- une vie rêvée auprès de Vera- et la réalité- une vie modeste aux côtés de celle qu’il n’aime pas. Alors qu’il a abandonné l’idée de la tuer, elle prend peur, s’agite et fait chavirer la barque. George réussit à regagner le rivage tandis qu’elle se noie. Arrêté, il est accusé de meurtre avec préméditation et condamné à mort.

Récit d’une ascension sociale ratée, le film bénéficie d’une fine interprétation de Montgomery Clift. Derrière une façade discrète, on perçoit l’ambition. Mais cette ambition n’est pas caricaturale. Certes George rêve d’ascension sociale, mais il n’est pas dépourvu d’humanité et s’il cherche à gravir les échelons sociaux, ce n’est pas tant par avidité que par désir d’appartenir à une famille, lui qui a été élevé par une mère absente, plus intéressée par la religion que par son fils. Montgomery Clift est un atout majeur du film et le couple qu’il forme avec Elisabeth Taylor est plaisant à regarder.

Mais c’est derrière cette façade scintillante et glamour que se cache l’intérêt principal du film. Alors que l’on croit assister à une belle histoire d’amour entre une riche héritière et un homme modeste qui a réussi à gravir les échelons sociaux, Stevens insinue peu à peu une critique fine, mais acerbe, de la société américaine. Il s’insurge d’abord contre l’hypocrisie sur l’avortement. Ainsi la jeune ouvrière enceinte ne peut conserver son bébé sans risquer de se faire renvoyer, mais elle ne peut avorter par refus des médecins. Il dénonce également et surtout l’hypocrisie américaine de la promesse d’ascension sociale.

C’est uniquement à partir du moment où George paraît s’intégrer à la haute société qu’un poste plus élevé au sein de l’usine lui est proposé. Son incursion dans ce milieu hyper huppé et privilégié permet de dresser le tableau d’une élite repliée sur elle-même, vivant en autarcie par rapport au reste de la société. Finalement, la condamnation à mort de George intervient comme le rappel de la fatalité des conditions sociales. C’est ainsi presque inévitablement que dans la seconde partie du film George semble devoir être mené à l’échafaud. Ayant raté de peu son intégration à l’élite, il en est violemment rejeté, ce rejet se traduisant par la mort.

Si cette charge sociale s’avère intéressante, on peut regretter que les failles des personnages soient insuffisamment explorées. Dommage également que le film, à partir de l’arrestation du héros, ne soit pas plus palpitant. Il semble abandonner toute réflexion ou volonté d’interroger l’identité sociale brouillée du héros. Une fin un peu bâclé pour un film qui ne remplit pas entièrement ses ambitions. Pour une version récente et anglaise du même thème,  voir Match Point de Woody Allen.

Titre original : A place in the sun. Réalisation : George Stevens. Acteurs principaux : Montgormery Clift (George Eastman), Elisabeth Taylor (Angela Vickers), Shelley Winters (Alice Tripp). Scénario : Michael Wilson et Harry Brown d’après le roman Une tragédie américaine de Theodore Dreiser et la pièce de Patrick Kearney. Musique : Franz Waxman. Pays d’origine : Etats-Unis. Date de sortie : 1951. Durée : 122 minutes (2h2). 1952 : Oscar de la meilleure musique de film (Franz Waxman).

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