Twelve Years a Slave

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 DE STEVE MCQUEEN

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Synopsis : 1835. Solomon Northup, musicien noir reconnu, vit avec sa femme et ses enfants dans un quartier résidentiel cossu à New York. Lors d’un voyage à Washington D.C., il est kidnappé et expédié dans le sud pour être vendu comme esclave.

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 Après le pleurnichard  Majordome  et le délirant Django unchained ,  Twelve Years a Slave  semble enfin avoir trouvé la tonalité juste. Cette adaptation de l’autobiographie de Solomon Northup, Douze ans d’esclavage (1853), parvient remarquablement à concilier réalisme et sobriété, en exposant l’horreur de l’esclavage au quotidien. La violence, moins spectaculaire mais plus distillée que chez Q. Tarantino, s’avère bien plus efficace. La peur ne nous lâche jamais ; chaque geste, chaque regard font craindre pour la vie des esclaves. Le cauchemar est permanent. Le rythme relativement lent du film fait peser sur chaque instant une tension décuplée. Il permet également de laisser le temps aux personnages de vivre : ils ne sont plus seulement des victimes, mais redeviennent des êtres humains, aimant, compatissant, chantant, discutant.

La force du film tient à la trajectoire et à la personnalité du héros. C’est l’homme libre qui découvre l’esclavage et c’est à travers ses yeux révoltés que nous redécouvrons ce système. Le souvenir de sa liberté rend son asservissement encore plus insupportable. Né libre, ayant reçu une éducation exceptionnelle pour un Noir de l’époque et s’étant distingué pour ses aptitudes musicales, Solomon est étranger aux pratiques et aux mentalités des Etats esclavagistes du vieux sud. En quittant le Nord pour le Sud, l’Etat de New York pour la Louisiane, il semble entrer dans un autre monde, une autre époque.

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(Attention vous entrez dans une zone spoiler)

Pour survivre dans ces contrées esclavagistes, Solomon doit réduire sa personnalité au minimum. Etre cultivé, c’est remettre en cause la légitimité de la domination des Blancs. Avoir une identité affirmée, c’est s’extraire de son statut d’esclave. Il refuse d’abord sa nouvelle condition et tente désespérément de faire reconnaître son état d’homme libre. Le fouet a provisoirement raison de son obstination. Et il finit par accepter, en apparence, de rentrer dans la case définie par ses maîtres, celle du Noir inculte et dépourvu d’esprit.

Pour survivre, il doit donc devenir invisible, mais pour vivre, il ne peut pas renoncer à son identité. Comment rester Solomon Northup, le violoncelliste réputé, homme intègre, père et mari aimant, tout en acceptant de battre jusqu’à la mort sa compagne d’infortune qui a le tort d’être la proie sexuelle de leur maître ? Renier ses valeurs reviendrait à renoncer à son humanité et à endosser l’image bestiale attribuée aux Noirs par les esclavagistes. Chaque ordre suivi, chaque humiliation endurée sont des pas de plus vers le renoncement ; non seulement ils réaffirment son statut d’esclave, mais ils le conduisent à s’abaisser suffisamment à ses propres yeux pour faire disparaître en lui toutes traces de résistance.

S’engage alors un duel silencieux entre la nécessité de disparaître et celle d’exister : disparaître derrière l’image façonnée par ses maîtres, celle de la marchandise obéissante et malléable, contre exister en défendant son humanité et donc en se rebellant contre une soumission aveugle. Mais chaque affirmation de sa personnalité entraîne une mesure de rétorsion visant à l’enfermer dans une posture de soumission. Réduite à être un objet sexuel au service de son bourreau, la camarade d’infortune de Solomon choisit elle d’échapper à son maître par le suicide ; il devient un acte de résistance pour reprendre le contrôle d’une vie qui ne lui appartient plus.

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Dans sa lutte pour survivre, Solomon trouve un soutien dans la communauté naissante composée des Noirs du domaine. Les chants entonnés d’une même voix semblent célébrer l’esprit de tous les esclaves, morts et vivants. Ils font vivre l’individu dans le groupe. Dans l’un des derniers espaces de liberté qu’ils ont pu conserver, la musique préserve leur humanité contre les assauts de leurs maîtres. Leur asservissement les prive de toute emprise sur le temps et les rends prisonniers de l’instant présent ; ils sont condamnés à réaliser ou à attendre les directives de leur maître. La communauté leur permet de retrouver une certaine liberté, dans la maîtrise de leur mémoire et de conserver une dignité, dans l’affirmation de leur humanité chantée.

L’individu n’est plus condamné à disparaître entièrement, sa survie est assurée dans la mémoire du groupe. Et Solomon dont l’existence sociale se définissait jusque-là par son statut d’individu devient alors un autre membre de la communauté. La haine, la colère, la peur, la rage et la tristesse des esclaves se transforment en un cri mêlant révolte et espoir. Et ce cri apaisant, transmis de générations en générations, permet à l’individu dont l’existence est sans cesse menacée, de s’inscrire dans une communauté hors de portée des coups des maîtres.

En racontant le destin tragique de Solomon Northup, Steve McQueen nous livre une autre perspective sur l’histoire de l’esclavagisme aux Etats-Unis. Avec réalisme et un sens esthétique très aiguisé, il nous entraîne sur les circuits du commerce des esclaves, du marché de Washington D.C. à la vente en Louisiane, jusqu’aux travaux dans les plantations. C’est tout un monde qui renaît devant la caméra du réalisateur et qui nous rappelle l’horreur de l’esclavage.

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Titre original: Twelve Years a Slave. Réalisation : Steve McQueen. Acteurs principaux : Chiwetel Ejiofor (Solomon Northup), Michael Fassbender (Edwin Epps), Lupita Nyong’o (Patsey), Benedict Cumberbatch (William Ford), Paul Dano (John Tibeats), Paul Giamatti (Theophilus Freeman), Brad Pitt (Samuel Bass), Alfre Woodard (Harriet Shaw), Sarah Paulson (Mary Epps). Scénario : John Ridley, d’après l’autobiographie Douze ans d’esclavage de Solomon Northup. Musique : Hans Zimmer. Pays d’origine : Etats-Unis. Date de sortie : 2014. Durée : 133mn (2h13).

Solomon_Northup_001[1]Ci-dessus une représentation de Solomon Northup.

2 réflexions au sujet de « Twelve Years a Slave »

  1. Bonjour,

    Ou se trouve la critique de Noé ? Il s’agit pourtant d’un film central pour comprendre la supériorité de la foi sur la science, et qui vous aurai donc permis de remettre en question certaines idées de votre blog. En plus, c’est un des rares bons films de Russel Crowe, dont la filmographie est moyenne, particulièrement Gladiator, qui est très mauvais

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