The Dark Knight Rises

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De Christopher Nolan

“Theatricality and deception, powerful agents for the uninitiated. But we are initiated, aren’t we Bruce?” (Bane)

Synopsis : Depuis huit ans, Batman a disparu. La mort de sa bien-aimée Rachel et son statut de chevalier noir ont amené Bruce à se couper du monde et à vivre reclus dans son manoir. Une nouvelle menace apparaît qui l’amène à sortir de son isolement et à réendosser le costume de Batman…

Attention vous entrez dans la zone spoiler.

Le monstrueux Bane terrorise Gotham et agite le torchon révolutionnaire. Il s’empare de Wall Street. Sous les ordres d’un puissant politicien corrompu, Bane utilise la bourse pour ruiner Bruce. Ce dernier demande l’aide d’une riche entrepreneuse, Miranda Tate. Il lui confie le secret d’une réalisation de sa firme particulièrement innovante, mais potentiellement dangereuse : une machine pour recycler l’énergie. Batman se rend dans les égouts de Gotham où se cache Bane, en compagnie de la séduisante voleuse Catwoman. Elle le trahit et Bane le capture. Il se révèle être le nouveau chef de la ligue des ombres, que Batman avait décapité en tuant son chef, Ras Al Gul, il y a une dizaine d’années. Pour se venger, Bane enferme Bruce dans une grotte.

Gotham sombre dans l’anarchie révolutionnaire. Bane isole la ville du monde extérieur, ensevelit les policiers sous terre, libère les prisonniers et s’empare de la machine de Wayne qu’il transforme en bombe. Seule une petite troupe, sous la direction de l’inspecteur Gordon et d’un jeune policier courageux et volontaire, continue de résister. Au cœur du chaos, les rôles s’inversent : le cinglé docteur Crane devient juge, les prisonniers deviennent policiers et les policiers sont pourchassés comme des criminels. Bruce parvient à s’extraire de sa grotte et alors que tous le croient mort, Batman réapparaît et affronte Bane. Il s’apprête à le tuer, mais reçoit un coup de poignard dans le dos du véritable cerveau du chaos : Miranda Tate. De son vrai nom Talia Al Gul, elle veut venger son père en détruisant Gotham. Catwoman sauve Batman. Talia et Bane sont tués, mais la bombe ne peut être désamorcée. Pour sauver Gotham, Batman emporte la bombe en mer. Son sacrifice est salué lors de ses funérailles. Au même moment, le jeune policier dynamique, Robin, entre dans le repère secret de Batman. La relève est assurée. Sur une place en Italie, un jeune couple boit à la terrasse d’un café, Bruce et Sélina, alias Catwoman.

Un film d’action époustouflant, un Nolan décevant ? Ce dernier opus parachève avec rigueur les deux premiers. On retrouve nombre de méchants des deux précédents films (à l’exception notable du regretté Joker) insérés dans la trame narrative de ce troisième volet. La cohérence de la trilogie est respectée. Mais où est passé la rage tourmentée de Batman ? Qu’est-il advenu des moments où Bruce se surpasse ? Qu’est devenu le versant tragique du héros solitaire ? Quant au super-méchant Bane, il a un charisme indéniable et une force brute incarnée à merveille par le colosse Tom Hardy. Mais quelle est sa symbolique ? De quoi Bane est-il l’incarnation ?

Nolan nous avait habitués à des méchants intéressants. En incarnant des idéologies, ils poussaient Batman à s’interroger sur ses valeurs et sur ses choix. Bane manque de consistance et l’idée qui l’anime est bien fade : par dévotion pour une petite fille, il veut réaliser la volonté de son défunt père. Aucune idéologie, aucun message, aucune réflexion particulière. Face à cette force brute sentimentale, l’introspection de Batman est réduite au minimum. Il se contente de réfléchir aux moyens de l’abattre physiquement. Le seul moment où il est amené à réfléchir, lors de l’épisode du puits, il échoue dans son introspection. Et c’est finalement par la bouche d’un vieillard aveugle qu’il apprend le secret de sa libération : ce n’est pas en défiant la mort mais en la craignant qu’il peut se surpasser. Beaucoup d’attente pour une révélation somme toute assez creuse.

A première vue, Nolan semble avoir rompu avec ses deux Batman précédents en adoptant une approche plus commune du héros, banalement en lutte avec le mal incarné. Après une réflexion sur la différence entre justice et vengeance (Batman Begins), puis une analyse de l’affrontement inégal entre le nihilisme et la société (The Dark Knight), le cinéaste conclut sur un Batman humain, quittant le domaine du symbolique pour entrer dans la réalité.

Mais qu’a voulu au juste montrer Nolan dans cette conclusion ? N’est-ce pas le difficile retour à la normalité du héros ? Car ici, il n’est plus question de défi surhumain. Cette fois, le véritable défi consiste pour Batman à se défaire de son attrait pour la mort pour redevenir humain. Après être devenu un symbole (Batman Begins), puis après avoir accepté de transiger avec ses valeurs pour vaincre le nihilisme, en endossant les crimes d’un autre (The Dark Knight), Bruce s’est éloigné de son humanité pour devenir l’ombre de lui-même. Au début de The Dark Knight Rises, il apparaît vieilli, boiteux, brisé et vivant reclus dans son manoir. D’où la problématique de ce 3e film : la difficile reconquête de son humanité par un homme tiraillé entre un rôle qui l’oblige à jouer avec sa vie et donc à ne plus craindre la mort et sa part d’humanité, qui nécessite d’appréhender la mort. Au début du premier Batman, Wayne se demandait comment dépasser sa faible condition de mortel pour venger ses parents et rétablir la justice à Gotham. L’enjeu était alors d’acquérir une immortalité à travers un symbole. A la fin de cette trilogie, c’est le chemin inverse que Bruce doit franchir. Il s’agit pour lui de réapprendre à vivre en humain, en surmontant sa tristesse et en acceptant ses faiblesses.

Dès lors, si Nolan a délaissé les symboles idéologiques dans ce dernier film, ce n’est pas tant par manque de profondeur de ses personnages que pour se recentrer sur l’humanité de Batman. L’affrontement n’est plus d’ordre idéologique mais humain. Bane lutte par amour pour une fille, Batman pour sauver Gotham et ses habitants. La tragédie du héros réside cette fois non pas dans le sacrifice de son humanité pour rester Batman, mais dans l’impossibilité pour Bruce de se défaire de ce rôle pour redevenir humain. Sa victoire finale n’est pas de se débarrasser des méchants. Elle est celle d’un homme assis à la terrasse d’un café, en compagnie d’une femme, comme n’importe quel autre inconnu. Batman a cédé sa place à Bruce.

La beauté et l’intérêt du film tiennent justement à cette définition du héros, à contrepied des films du genre. Ce n’est pas sa force ou une caractéristique extraordinaire qui fait de lui un être exceptionnel. Le véritable héros est celui qui lutte pour le bien sans pour autant se détourner de la vie. A un Batman redécouvrant son humanité s’oppose un Bane qui défie la mort en permanence. Cette figure du mal est d’actualité. L’attitude de Bane face à la mort rappelle l’attitude des terroristes intégristes. Dans un entretien avec le journaliste pakistanais Hamid Mir, le 7 novembre 2001, Ben Laden avouait son attirance pour la mort : « Nous aimons la mort. Les Américains aiment la vie. C’est la grande différence entre nous.». Contre Bane et ce qu’il incarne, Nolan rappelle que le courage réside non pas dans le fait de défier la mort, mais dans l’attirance pour la vie. Cette conclusion donne au film sa profondeur. Il est néanmoins dommage que Nolan n’ait pas davantage approfondi les échanges entre Alfred et Bruce puis entre Bruce et le vieux sage du puits. Leurs phrases trop elliptiques paraissent souvent creuses.

Il n’empêche l’insertion d’enjeux actuels aussi divers que le terrorisme, la crise économique et les tensions sociales, est audacieuse. L’atmosphère révolutionnaire est très convaincante par sa dose de violence, de folie et de chaos. Les scènes où le cinglé Dr Crane administre la justice du haut d’un tas de livres sont également très réussies. Et si un petit air de révolution française sonne sur ces scènes de jugements et d’exécutions sommaires, il n’y a rien d’étonnant à cela. Les frères Nolan ont expliqué s’être largement inspirés d’un roman de Charles Dickens, A Tale of Two Cities, qui décrit la chute chaotique et violente de la société d’Ancien régime lors de la Révolution française.

De manière générale, le film s’avère non seulement intelligent, mais divertissant et très spectaculaire. De nombreuses scènes d’action sont inventives, intenses et très bien filmées. La scène de l’avion, où Bane se fait héliporter est particulièrement réussie. Sa démonstration de force et d’audace stratégique est mémorable. Autre scène spectaculaire, vers la fin du film, quand Bane et Batman s’affrontent à mains nues, devant la Bourse. Lorsqu’ils sont filmés en gros plans, ils semblent se transformer en animaux informes, plus menaçants que jamais, comme si pour défier le monstre, Batman devait lui-même sacrifier sa part d’humanité pour devenir une bête. Mais quel dommage que Nolan n’ait pas insufflé plus de symbolique et d’émotions derrière cette scène. Enfin, un regret au sujet de la musique d’Hans Zimmer. Elle est belle dans son ensemble et exprime très bien la force pure de Bane. Mais elle ne parvient pas à nous faire vibrer et à rendre la longue résurrection de Batman, de son attirance pour la mort à son retour à la vie, avec ses moments de faiblesse et les moments où il se surpasse.

The Dark Knight Rises n’en reste pas moins une réussite. Christian Bale est toujours aussi intense dans la peau de Batman. Tom Hardy  est imposant à souhait. Anne Hathaway est séduisante et mystérieuse. Et Joseph Gordon-Levitt incarne un Robin courageux et fougueux. Ce film clôt avec grandeur la trilogie du héros en quête de dépassement. Après un questionnement éthique/social : « Comment rétablir la justice quand la société est défaillante ? » (Batman Begins), puis moral : « Comment lutter contre un adversaire qui ne croit en rien et qui est donc prêt à tout ? » (The Dark Knight), la question finale est devenue métaphysique : « Comment être un héros sans perdre son humanité ? Autrement dit, qu’est-ce que l’humanité ? » (The Dark Knight Rises).

Titre original : The Dark Knight Rises. Réalisation : Christopher Nolan. Acteurs principaux : Christian Bale (Bruce Wayne/Batman), Michael Caine (Alfred Pennyworth), Marion Cotillard (Miranda Tate), Morgan Freeman (Lucius Fox), Cillian Murphy (Dr Jonathan Crane/l’Epouvantail), Joseph Gordon-Levitt (John Blake/Robin), Tom Hardy (Bane), Anne Hathaway (Sélina Kyle/Catwoman), Liam Neeson (Ra’s Al Ghul/Henri Ducard), Gary Oldman (James Gordon). Scénario : Christopher Nolan et Jonathan Nolan, d’après une histoire originale de Christopher Nolan et David S. Goyer, et d’après le personnage créé par Bob Kane et Bill Finger en 1939. Musique : Hans Zimmer. Pays d’origine : Etats-Unis, Royaume-Uni. Date de sortie : 2012. Durée : 165 mn (2h45).

2 réflexions au sujet de « The Dark Knight Rises »

  1. Je suis d’accord avec cette critique, mais je trouve qu’il aurait été tout à fait possible de donner plus d’étoffe à Bane et au choix de mener son combat contre les institutions financières et les « puissants » par le terrorisme, qui est d’une actualité criante dans le contexte dans lequel nous nous trouvons : pourquoi montrer finalement que son combat est finalement entièrement dévoué à Miranda Tate, dont les aspirations demeurent assez floues et bien fades au regard des enjeux économique et sociaux que semblait porter Bane ?

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