Patt Garrett et Billy The Kid

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De SAM PECKINPAH

« Billy: Ol’ Pat… Sheriff Pat Garrett. Sold out to the Santa Fe ring. How does it feel?
Garrett: It feels like… times have changed.
Billy: Times, maybe. Not me. »

Synopsis : 1881, Nouveau Mexique. Amis de longue date, le fringuant Billy The Kid et le vieillissant Pat Garrett deviennent adversaires quand ce dernier est nommé shérif. De puissants propriétaires fonciers le chargent de pourchasser le Kid…

Attention vous entrez dans la zone spoiler.

Patt Garrett se lance dans une longue et pénible traque, le trouve et le tue par surprise. Des années plus tard, il est assassiné dans un guet-apens.

Moins violent mais plus nostalgique que ses précédents westerns, ce film conclu la complainte désabusée de Peckinpah sur l’époque révolue de l’Ouest américain. Le cinéaste clôture son ode au vieux Ouest en racontant son suicide, à travers la traque par Patt Garrett de son jeune alter ego, The Kid. En le pourchassant et en le tuant, c’est contre lui-même qu’il se retourne. Vieillissant, il cherche à s’adapter à la nouvelle époque pour survivre. En s’en prenant au Kid et à ses anciens amis, il choisit de hâter sa fin et celle de l’ancienne époque, où la liberté l’emportait encore sur l’argent. La scène ci-dessous, où Patt Garrett contemple pensivement son reflet dans un miroir, exprime le douloureux rapport au temps du héros vieillissant. Malgré ses efforts pour s’adapter à la nouvelle époque, il semble conscient de son inéluctable appartenance à l’ancien ouest. A travers la contemplation de l’homme aux cheveux gris et au teint usé, c’est l’ouest qui s’observe en fin de vie. 

 Une fois encore, Peckinpah fait l’apologie des bandits, défenseurs de la liberté et adulés des petites gens, contre les grands propriétaires terriens, uniquement concernés par leurs propres intérêts. Une fois encore, les héros, des perdants, attirent la mort pour ne pas vivre dans un système qu’ils rejettent. Une fois encore, ce sont les institutions et les puissants qui l’emportent sur les vrais héros de l’ouest, les hors la loi. Une fois encore, Peckinpah a une vision pour le moins ambiguë des bons et des méchants. The Kid est présenté comme un héros car il reste fidèle à ses valeurs- voler et tuer- . Il est adulé par la foule après avoir tué deux hommes dans une ville. Tandis que Garrett est montré comme un traître pour avoir voulu se placer du côté de l’ordre, toujours oppressif chez Peckinpah. En outre, le cinéaste a une vision relativiste de la morale. Garrett est shérif autrefois bandit, The Kid est un bandit autrefois au service de l’ordre, celui du puissant rancher local. Les étiquettes changent au hasard des situations, comme si au final, pour Peckinpah, il importait peu de savoir dans quel camp on se situe du moment qu’on garde ses valeurs, peu importe leur contenu.

Finalement, ils connaissent tous deux une mort sans gloire, l’un en étant abattu froidement par surprise par son ami et l’autre en étant mitraillé par des bandits de seconde zone. Et à travers la fin misérable des deux héros, le bandit et le shérif, c’est l’agonie pitoyable de l’Ouest qui transparaît. C’est la fin pathétique d’une époque, abattue dans des convulsions sauvages, sans honneurs et sans regrets, comme on abat un chien fou trop indiscipliné pour ses nouveaux maîtres.

 Sur le plan de la réalisation, le film est plus lent que ses précédents westerns. Mais ce rythme ne dessert pas le film. Bien au contraire, il rend bien l’impression de lente déchéance de Pat Garrett, et à travers lui, de l’Ouest. La musique de Bob Dylan est particulièrement bien adaptée au sujet, véhiculant cette nostalgie complaisante pour ces héros révolus d’une époque disparue. La très belle chanson « Knocking on Heaven’s door » mérite à elle seule de voir le film.

Concernant les acteurs, James Coburn a la classe nécessaire pour donner toute sa stature à Garrett, tout en lui prêtant une mélancolie finement jouée. Il a le mérite de donner une profondeur à son personnage sans en rajouter dans le pathos. C’est dans les traits de son visage qu’il laisse deviner ses états d’âme. On ne parvient jamais vraiment à saisir les intentions de Garrett et c’est là le talent de son interprète. Le Kid bénéficie lui aussi d’une belle interprétation de Kris Kristofferson, souriant malicieusement à la vie avec ses yeux bleu pétillants et son sourire juvénile, tout en jouant constamment avec la mort. Il parvient bien à rendre la légèreté du personnage, son indépendance et son désir de liberté.

Titre original : Pat Garrett and Billy the Kid. Réalisation : Sam Peckinpah. Acteurs principaux : James Coburn (Pat Garrett), Kris Kristofferson (Billy the Kid), Bob Dylan (Alias), Kathy Jurado (Mme Baker), Jason Robards (gouverneur Lewis Wallace). Scénario : Rudolph Wurlitzer. Musique : Bob Dylan. Pays d’origine : Etats-Unis. Date de sortie : 1973. Durée :  106mn (1h46).

 

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