La Balade sauvage

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De Terrence Malick

« Holly Sargis: [a while after shot friend Kato] How is he?
Kit Carruthers: I got him in the stomach.
Holly Sargis: Is he upset?
Kit Carruthers : He didn’t say nothing to me about it.”

 

Synopsis : Dans une petite ville du nord-ouest des Etats-Unis, un jeune paumé, Kit, s’entiche d’une adolescente solitaire, Holly…

Attention vous entrez dans la zone spoiler.

Leur romance est brutalement interrompue par le père de l’adolescente. Kit se rend chez Holly et tue son père. La jeune fille décide de le suivre sur les routes. Les deux amants débutent un périple morbide en voiture, où les témoins de leur escapade sont froidement assassinés. Leur balade s’achève avec leur arrestation. Kit est condamné à mort, Holly à la prison avec sursis.

Près de quarante ans après sa réalisation, le premier film de Terrence Malick paraît toujours étonnant. Il s’inspire de l’histoire d’un jeune délinquant des années 50, Charlie Stark-Weather. A l’âge de 19 ans, celui-ci tue le père de sa petite-amie. Ils s’enfuient ensemble et assassinent sur leur route une dizaine de personnes. Ce qui frappe dans le film, c’est le détachement des deux personnages principaux. Kit tue les témoins de sa fuite avec une facilité déconcertante. Holly assiste et participe aux crimes avec une innocence enfantine. Elle discute d’une araignée avec un mourant, rassure une future victime. Bref, les deux personnages ont en commun une même incapacité à se projeter dans le réel. Kit imagine être un James Dean exprimant sa rébellion par sa violence. Holly contemple impassiblement le monde, comme s’il s’agissait d’un vaste terrain de jeu. Le monde n’ayant aucun sens à ses yeux, elle ne se scandalise de rien.

Le film traite d’un déplacement du réel. Bien qu’ils soient l’auteur de faits de plus en plus violents, les deux personnages évoluent en fonction de critères complètement extérieurs à ceux du monde réel. Leur système de pensée n’est en aucune façon modifié par la succession de crimes. C’est uniquement après une longue série de meurtres qu’Holly finit par abandonner Kit pour se livrer à la police, plus par lassitude que par réelle conviction.

A travers ces deux personnalités hors du commun, Malick  ne cherche-t-il pas à montrer l’engluement dans le quotidien de cette société des années 70 ? Une société qui ne s’étonne de rien, qui ne réagit plus à rien. On perçoit une critique récurrente dans le cinéma de Malick de la société moderne, qui en coupant les individus d’une nature source de spiritualité, les dénature, les déshumanise. La Ballade sauvage est l’odyssée tragique d’une société qui, selon Malick, contribue à précipiter sa jeunesse dans un nihilisme destructeur, en l’éloignant de la nature et en l’enfermant dans des conventions sociales étouffantes. Le détachement du réel des deux héros, poétique pour certains, pourrait également être interprété comme un détachement du cinéaste de l’humain au profit d’une nature dépositaire d’une grâce mystique. Un film superbement réalisé mais profondément dérangeant par sa posture antimoderniste, donnant à penser que l’individu a perdu son âme en s’extrayant de son cadre naturel et en accédant aux bienfaits de la société moderne.

Titre original : Badlands. Réalisation : Terrence Malick. Acteurs principaux : Martin Sheen (Kit Carruthers), Sissy Spacek (Holly Sargis). Scénario : T. Malick. Pays d’origine : Etats-Unis. Date de sortie : 1973. Durée : 94mn (1h34). 

Une réflexion au sujet de « La Balade sauvage »

  1. Coucou Liv,

    Félicitations pour ton nouveau blog de critiques de films et bravo, tes analyses sont très fines et perspicaces. Je n’ai pas vu ce film de Terrence Malick mais il me fait penser, dans son scénario, à Tueurs-nés d’Oliver Stone. Mais il est sûrement beaucoup plus poétique et imprégné de réflexion philosophique que le film d’Oliver Stone !

    Delphine

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