Margin Call

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 De J.C CHANDOR

Jared Cohen: This is bizarre. It’s like a… dream.
Sam Rogers: Oh, I don’t know. Seems like we actually may have just woken up.”

Synopsis : En pleine restructuration, une banque d’investissement licencie le chef du département de la gestion des risques. Avant de partir, il transmet un dossier sensible sur lequel il travaillait à un jeune trader. En exploitant le dossier, ce dernier réalise que la compagnie est confrontée à un désastre financier sans précédent…

Attention vous entrez dans la zone spoiler.

Les actifs toxiques détenus par la banque dépassent de loin sa valeur. Au cours de la nuit et dans un vent de panique, le comité de direction est mobilisé pour résoudre la crise interne. Alors qu’aucune issue n’apparaît, le grand patron choisit de vendre tous les actifs toxiques, en jouant sur la confiance des acheteurs vis-à-vis de la banque. L’un des cadres dirigeants refuse de participer à cette vente, qui en sauvant la banque, entraînerait une crise financière majeure. A la fin de la nuit, convaincu par une rétribution faramineuse, il change de position. Le lendemain matin, malgré des hésitations, la vente a lieu.

La réussite du film tient à ses aspects didactique et réaliste. Il est d’ailleurs amusant de noter que le nom du grand patron du film, John Tuld, ressemble à celui de l’ancien chef de l’exécutif de la banque Lehman Brothers, Richard S. Fuld. Retraçant les premiers jours qui ont fait basculer le monde dans une crise financière majeure, le film a des allures de documentaire. L’absence de musique, la relative lenteur des évènements et les retournements d’actions limités contribuent à ce réalisme. En suivant pas à pas ces traders au cours de cette nuit agitée, on a le sentiment d’assister en direct à la succession de décisions et de réactions qui ont précédé la crise. Le film fait bien ressortir la gestion ultra-risquée de ces banques d’investissements qui ont choisi d’ignorer les risques pour prolonger le rêve procuré par les millions de dollars de revenus. Autre aspect intéressant souligné : la barrière entre quelques traders ultra-pointus en mathématiques et une majorité de banquiers qui ne comprennent rien à leurs savants calculs. D’où la difficulté de vérifier la viabilité des modèles mathématiques qu’ils proposent et qui servent à évaluer le risque de perte encourus sur les actifs détenus par la banque. Autrement dit, comment contrôler les devoirs de son enfant quand on est soi-même illettré ? Le film aurait pu aller plus loin en montrant la propre incapacité des concepteurs des modèles à comprendre les implications de leur travail.

Margin Call parvient également à recréer les tensions au sein de ce monde si particulier des traders. Comme le souligne le grand patron, pour réussir dans le monde financier « Be first, Be smarter, Or cheat ». La lutte pour l’existence, mise en évidence par Darwin pour le règne animal, semble ici non seulement la règle, mais plus encore une nécessité pour survivre.  Ainsi, lorsque la crise éclate, c’est le chacun pour soi qui prévaut, afin d’éviter les licenciements et pour profiter au mieux des opportunités d’enrichissements. Le licenciement expéditif du chef du département de gestion des risques est un bon révélateur de la violence du milieu. Néanmoins, et c’est la force du film, même si on n’en ressort pas avec une image très sympathique des traders, il y a une volonté de comprendre les faits du point de vue même des personnages,  au lieu de jugements moraux simplificateurs et stériles. Le fait que le père du cinéaste ait travaillé chez Merrill Lynch a sans doute contribué à cette dose d’empathie pour ces traders. Et si la crise est évoquée d’un angle de vue assez restreint, le film nous invite également à nous interroger plus largement sur la responsabilité de la société dans la crise, notamment à travers la question des subprimes. Pour compléter ce film, voir l’excellent documentaire sur la crise, Inside Job.

Titre original : Margin Call. Réalisation : J. C. Chandor. Acteurs principaux : Penn Badgley (Seth Bregman), Simon Baker (Jared Cohen), Paul Bettany (Will Emerson), Jeremy Irons (John Tuld), Demi Moore (Sarah Robertson), Zachary Quinto (Peter Sullivan), Kevin Spacey (Sam Rogers), Stanley Tucci (Eric Dale). Scénario : J. C. Chandor. Musique : Nathan Larson. Pays d’origine : Etats-Unis. Date de sortie : 2012. Durée : 107mn (1h47).

2 réflexions au sujet de « Margin Call »

  1. Analyse intéressante! Merci!
    Un aspect intéressant du film est également la brutalité du fonctionnement de la banque, illustrée par les licenciements. En deux minutes, une personne apprend qu elle est licenciée, et elle doit prendre immédiatement ses affaires et rendre son badge. La scène est violente même concernant des traders qui ont gagné des fortunes. Une chose identique est arrivée cette semaine pour les traders d UBS a Londres.

    1. Bonjour,
      Effectivement la violence des licenciements des traders est bien montrée dans Margin call et semble coller de près à l’actualité.

      Merci pour votre remarque !

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