Major Dundee

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 De Sam Peckinpah

« Capt. Benjamin Tyreen: I said will shall serve under this command and we will serve! But only until the Apache is destroyed. And then, Amos – and then, I’m going to kill you!
Maj. Amos Dundee: Are you, Ben?
Capt. Benjamin Tyreen: Yes. Yes, Amos. »

Synopsis : 1864. Au Nouveau Mexique, une bande d’Apaches rebelles décime un régiment américain et kidnappe des enfants. En dehors de sa hiérarchie, le major Amos Dundee rassemble une troupe hétéroclite composée d’indiens, de noirs, de prisonniers sudistes, de nordistes, de voleurs, de bandits, d’un prêtre et d’un manchot, pour traquer les indiens et récupérer les enfants…

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Le major nordiste choisit comme second un capitaine sudiste prisonnier, Tyreen. Autrefois amis, la guerre les oppose désormais. Ils décident d’une trêve jusqu’à la capture du chef indien. Dundee lutte pour maintenir l’ordre au sein de sa troupe. Pour se ravitailler, ses soldats dévalisent un camp militaire français. Ils parviennent ensuite à piéger et tuer les indiens et leur chef, Sierra Chariba. Alors que Dundee et Tyreen sont sur le point de régler leur différend par les armes, ils se retrouvent encerclés par des troupes françaises. Pour lutter contre leur ennemi commun, le groupe se reforme. Le capitaine Tyreen meurt en arborant fièrement le drapeau américain devant Dundee. Le major, à la tête de quelques hommes, réussit à franchir le Rio Grande et à revenir aux Etats-Unis.

Major Dundee n’échappe pas au caractère ambigu des films de Peckinpah. Il est difficile de s’en faire une opinion nette et tranchée. Les bons ? On ne saurait dire qui ils sont. Le régiment hétéroclite de repris de justice et de soldats qui se mobilise pour sauver des enfants ? Non, ils s’adonnent trop facilement aux tueries. Les apaches qui ripostent vaillamment aux attaques de l’armée américaine ? Non, des gentils ne tuent pas des femmes et ne kidnappent pas des enfants. Pour le cinéaste, la violence est un trait de caractère universel. Mais au-delà des personnages qui échappent aux stéréotypes des films du genre, que faut-il retenir du film ? Il est encore une fois question de poursuite, comme si chez Peckinpah, l’aventure américaine se résumait à la traque des chassés par des chasseurs. Dans La Horde sauvage, le groupe de chassés était au centre de l’intrigue. Ici, ce sont les chasseurs qui sont au premier plan, même s’ils finissent par être chassés. Dans un monde violent par nature, le chasseur peut tout aussi bien se retrouver dans la position du chassé. Les positions sont relatives aux circonstances.

Dans cette vision du monde désenchantée, un espoir émerge finalement, un repère stable : le drapeau américain et grâce à lui, la réunion des diverses forces antagonistes de la population américaine. L’apogée lyrique du film se situe ainsi au moment où le capitaine sudiste Tyreen meurt sous les balles des soldats français, après avoir récupéré des mains ennemis le drapeau américain. Lui qui affirmait honnir son pays risque finalement sa vie pour récupérer ce symbole de la nation américaine. Dans un retournement final triste et beau à la fois, il hèle son ancien ami, le major Dundee, pour lui montrer qu’il est revenu dans le rang, qu’il s’est finalement rallié à la grande cause nationale. C’est probablement dans ce registre nationaliste que Peckinpah innove dans cette réalisation. Car ici, son regard sur la violence est moins appuyé que dans son succès précédent, La Horde sauvage. Le thème du film n’est pas la violence mais la reconstruction du sentiment national grâce à un ennemi commun extérieur. Dans ce monde absurde, où les héros ne savent même plus vraiment pourquoi ils se battent, le pays reste la seule valeur sûre.

Pour Peckinpah, l’authenticité et la grandeur se situent du côté des marginaux, des inadaptés à la vie en société. Son rêve américain est celui d’une nation de culs de jatte. Il se plaît à dynamiter les codes hollywoodiens en présentant les ratés comme les héros de ses épopées sanglantes. Le major Dundee, relégué pour d’obscures raisons à un poste de gardien de prison, le capitaine sudiste Tyreen, combattant avec rage pour un camp auquel il n’appartient pas – lui pauvre immigré irlandais qui défend les grands propriétaires du sud – sont des caractères type du cinéma de Peckinpah. Peut-être sont-ils un peu trop beau physiquement pour s’y conformer entièrement. Mais comme dans La Horde Sauvage, Peckinpah fait mine de défier l’ordre établi et le conformisme ambiant, pour en fait les exalter. Dans Major Dundee, il semble glorifier l’anticonformisme avec ses héros en marge du processus de construction de la nation américaine. Mais cette posture n’est qu’un leurre. L’apogée du film dévoile sa véritable intention : l’exaltation d’un sentiment on ne peut plus conformiste, le nationalisme américain. Comment interpréter autrement le retournement final du capitaine sudiste Tyreen ?

Malgré ces ambiguïtés, le film est une réussite stylistique. L’introduction est un modèle du genre. D’emblée on assiste à une rapide démonstration de force du chef indien Sierra Chariba. La scène est concise, rythmée et suffisamment effrayante pour justifier la traque impitoyable de l’indien. A la manière d’une pièce de théâtre de la Grèce antique, le chef indien quitte la scène précipitamment pour laisser la place à son adversaire, le major. Dès le début, cette succession rapide des scènes bouscule le spectateur et lui expose la violence des forces en présence.

Le jeu des acteurs est à la hauteur de la réalisation. Charlton Heston et Richard Harris sont bons car ils ont le caractère imprévisible des personnes réelles. Heston est à la fois très convaincant dans ses postures d’autorité et dans ses moments de faiblesse, où il semble dépassé par son statut et sa mission. Une des scènes mémorables du film est celle où la femme qu’il aime entre par surprise dans sa chambre, alors qu’une jeune mexicaine à moitié dévêtue est assise sur son lit. A ce moment précis, Heston, livide, exprime particulièrement bien dans son regard et sa gestuelle, sa conscience de sa déchéance. Harris porte bien son rôle d’excentrique stylé, qui survole les évènements avec une hauteur aristocratique. Quant à James Coburn, ce rôle de trappeur éclaireur lui convient très bien. Ses expressions rusées et son air malin et décontracté donnent vie à cet étrange personnage, malicieux et indépendant.

Titre original : Major Dundee. Réalisation : Sam Peckinpah. Acteurs principaux : Charlton Heston (Amos Dundee), Richard Harris (capitaine Tyreen), Jim Hutton, James Coburn, Michael Anderson. Scénario : . Musique : Pays d’origine : Etats-Unis. Date de sortie : 1964. Durée : 130mn (2h10). Version non censurée.

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