L’Insoumise

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  De William Wyler

« Aunt Belle: Julie, child, I’m so sorry.
Julie: For heaven’s sakes, don’t be gentle with me now. Do you think I wanna be wept over? I’ve gotta think, to plan, to fight.
Aunt Belle: But you can’t fight marriage.
Julie: Marriage, is it. To that washed-out little Yankee. Pres is mine. He’s always been mine. And if I can’t have him… »

Synopsis : En Louisiane, dans les années 1850. Une jeune beauté sudiste de la haute société, Julie, est fiancée à un avocat, Preston. Ils s’aiment passionnément mais elle ne cesse de le défier. Après s’être publiquement ridiculisée par fierté et par goût de la provocation, il la quitte. Un an plus tard, Preston revient dans la région. Julie va tout mettre en oeuvre pour le reconquérir…

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Mais entretemps, il a épousé une fille du Nord. Alors qu’une épidémie mortelle se répand dans la région, Preston tombe malade. Julie se rend à ses côtés, bravant les autorités et la mort. Il est emmené sur une île où les malades sont internés pour enrayer la contagion. Julie choisit de l’accompagner pour le soigner et le protéger.

 L’Insoumise a de nombreux points communs avec Autant en emporte le Vent, sorti sur les écrans un an après. Même époque, même région, même tempérament bouillonnant et combattif chez l’héroïne. La fierté du Sud rejaillit dans chacune des deux histoires à travers leur héroïne. Mais si dans un cas, Scarlett représente la lutte acharnée d’un monde qui s’adapte pour ne pas disparaitre  – exaltant l’anticonformisme salvateur de l’héroïne – , Julie incarne ici la fierté outrecuidante et destructrice de ce vieux Sud, ancré dans ses traditions archaïques et incapable de se renouveler. Julie perd son fiancé et voit sa vie bouleversée à cause de son non-respect des conventions sociales et tout le film est l’histoire de son rachat moral – exaltant une morale conformiste -. Il est intéressant de voir ces deux films successivement pour confronter deux visions différentes du Sud et du rapport à la norme sociale.

Sur le plan de la réalisation, les somptueux costumes exaltent l’opulence et l’élégance de ces classes élevés de la société sudiste d’avant-guerre. Certaines scènes donnent des aperçus intéressants de cette société, à l’instar de celle où Julie demande à ses esclaves noirs de venir chanter des gospels devant sa propriété pour honorer ses invités. Malgré la beauté des scènes, on ne peut s’empêcher de les trouver moins riches visuellement et moins abouties que celles d’Autant en emporte le vent. Du côté des acteurs, Bette Davis est parfaite dans le rôle de cette arrogante et impulsive jeune fille, touchante dans sa passion mais détestable par son manque d’empathie. Son expressivité vient avant tout de ses grands yeux légèrement exorbités, qui lui donnent des airs de supériorité, tout en soulignant son manque de profondeur. A ses côtés, Henri Fonda en jeune homme droit est moins intéressant comme personnage, mais incarne bien ce jeune premier distingué.

L’Insoumise est le triomphe des conventions sociales, seules à même de rendre les individus heureux en les cadrant. Autant dire que le message du film est l’exact opposé de celui d’Autant en emporte le vent, où Scarlett triomphe de l’adversité en détournant les codes sociaux à son seul profit, sans s’intéresser le moins du monde aux répercussions de ses actes. Julie est la version moralisatrice de Scarlett. Là où Scarlett apparaissait indépendante et sauvage, Julie paraît infantile et méchante. Il lui manque un combat, une lutte à mener pour grandir. Le film est à l’image de son héroïne, élégant extérieurement mais superficiel dans ses préoccupations. Il n’en reste pas moins raffiné dans sa réalisation et intéressant dans ses études psychologiques datées, comme un témoignage historique d’un passé révolu.

Titre original : Jezebel. Réalisation : William Wyler. Acteurs principaux : Bette Davis (Julie Marsden), Henry Fonda (Pres Dillard), George Brent (Buck Cantrell). Scénario : Clements Ripley, Abem Finkel, John Huston, Robert Buckner d’après la pièce Jezebel de Owen Davis. Musique : Max Steiner. Pays d’origine : Etats-Unis. Date de sortie : 1938. Durée : 104 mn (1h44).

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