Le Ruban blanc

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De Michael Haneke 

 

« I gave God a chance to kill me. He didn’t do it, so he’s pleased with me. » (Martin)

Synopsis : Les années 1913- 1914 dans un village allemand. Une succession de crimes brutaux et sadiques vise des villageois…

Attention vous entrez dans la zone spoiler.

Le coupable demeure insaisissable. L’instituteur mène l’enquête et dénonce un groupe d’enfants auprès du pasteur. Ce dernier, père de la meneuse, réfute les accusations et impose le silence à l’instituteur. La première guerre mondiale éclate.

Le ruban blanc donne un aperçu de la société allemande avant la première guerre mondiale. A travers l’énigme de l’identité du coupable des atrocités commises dans le village, Hanecke tente de mettre à jour une énigme historique qui continue d’agiter les esprits : celle du glissement de la société allemande dans la barbarie nazie. Le village est son terrain d’étude. Ces enfants sadiques sont les futurs électeurs d’Hitler, ses futurs soldats, les futurs piliers du régime. Organisés et entièrement dévoués à leur chef, la fille du pasteur, ils portent en eux les germes qui s’épanouiront avec le national-socialisme. Une petite section SA en herbe, avec un esprit de corps et un sadisme déjà bien aiguisés. 

Mais les enfants ne sont que le résultat de l’éducation de leurs parents. Ils ont hérité de leur idéal de pureté –ce ruban blanc qui deviendra le ruban rouge nazi-, de leur intransigeance vis-à-vis du respect des règles du groupe et de leur humanité défaillante. La brutalité des parents se retrouve chez les enfants sous la forme d’un sadisme dirigé contre les faibles. La sourde violence des relations sociales au sein de chaque famille (inceste, humiliation, violences physiques…) se mue en une violence de groupe, destinée à expurger la haine accumulée contre les parents. A une société isolant les individus et les figeant dans des conventions sociales, succède une microsociété de la tribu, où de puissants liens confraternels unissent les membres dans un même combat contre les êtres hors du groupe.  

Le groupe devient leur refuge, il confère à ses membres une raison de vivre. L’individu se fond dans la communauté. Leur chef se substitue aux conventions sociales dans l’édiction des normes. Dans cette communauté où l’austérité et l’imposition du silence les ont privés de la parole, la violence est devenue leur principal moyen d’expression.

Le film est intéressant par son étude minutieuse des rapports sociaux au sein du village. Il met très bien en évidence l’extrême violence assumée ou cachée des uns et des autres. Et le caractère répulsif de certaines scènes se justifie amplement par la suite de l’Histoire allemande, riche en atrocités. On peut néanmoins regretter que les raisons qui poussent les enfants à ne pas reproduire à l’identique le modèle de leurs parents, mais à le réadapter, ne soient pas du tout explorées. Il est probable que les parents reproduisent la violence que leurs propres parents leur ont infligé, la même rigueur oppressive, le même culte d’une pureté désincarnée. Dès lors, pourquoi cette génération d’enfants est-elle différente des précédentes ? Quelles modifications dans leur environnement ou dans leur éducation peuvent expliquer leur déviance vis-à-vis du modèle ? Peut-être le cinéaste aurait-il dû davantage mettre en relation cette évolution avec la première guerre mondiale. L’écrivain Sébastian Haffner a ainsi décrit dans son livre, Histoire d’un Allemand, le bouleversement induit par une guerre qui a été perçue par nombre de jeunes Allemands comme un jeu, permettant de créer une solidarité au sein du groupe et aiguisant leur appétit pour de futurs conflits, de nouveaux terrains de jeu.

Titre original : Das weiße Band. Réalisation : Michael Haneke. Acteurs principaux : Christian Friedel (le professeur), Leone Benesch (Eva), Burghart Klaussner (le pasteur), Susanne Lothar (la sage-femme), Ulrich Tukur (le baron), Ursina Lardi (la baronne), Rainer Bock (le médecin), Roxane Duran (Anna), Leonard Proxauf (Martin), Levin Henning (Adolf). Scénario : Michael Haneke et Jean-Claude Carrière. Pays d’origine : France, Autriche, Allemagne, Italie. Date de sortie : 2009. Durée : 144 mn (2h24).  Palme d’Or au Festival de Cannes 2009. Golden Globe du meilleur film étranger 2010.

2 réflexions au sujet de « Le Ruban blanc »

  1. Le parallèle avec Haffner est difficile dans la mesure où l’action du film se passe avant la Première Guerre mondiale. Comment pourrait-il rendre compte des conséquences de cette guerre sur cette génération? Vous parlez dans votre critique d’une génération de « rupture ». Mais est-ce que ce ne sont pas au contraire certaines caractéristiques propres à cette culture germanique (notamment le culte de la pureté) qui expliquent le comportement des enfants?

  2. Les enfants s’inscrivent probablement dans la continuité de leurs parents. Mais ce que le film n’explore pas, ce sont les raisons qui ont fait de ces enfants des tortionnaires regroupés en une petite organisation clandestine, alors que les parents- également violents- se contentaient d’une violence au sein des familles, à l’abri des regards. Pourquoi est-ce que cette génération particulière a fait un autre usage de la violence ? Pourquoi a-t-elle mis en pratique l’idéal de pureté en s’en prenant à ceux qui s’en détachaient ? Il me semble que la première guerre mondiale a fait basculer cette génération dans une violence du groupe, fondement du régime nazi et que c’est à ce moment précis que la violence a changé de nature et de sens. Tandis que dans le Ruban blanc, la rupture intervient de l’intérieur, sans lien avec le contexte. Clairement, la thèse d’Haneke est que la société allemande portait en elle les graines du nazisme et qu’à un moment donné, quand l’arbre est devenu mûr, ces graines ont donné des fruits, de petits nazis. Pour ma part, avec des témoignages comme celui d’Haffner, qui a admirablement décrit la montée du nazisme en Allemagne, j’ai le sentiment qu’Haneke minimise l’importance de la guerre.

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