Le Roman de Mildred Pierce

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De Michael Curtiz

 “Personally, Veda’s convinced me that alligators have the right idea. They eat their young.” (Ida)

Synopsis : Mildred Pearce est convoquée par la police. Son second mari, Monte Beragon a été assassiné…

Attention vous entrez dans la zone spoiler.

Pour disculper son premier mari, suspecté du meurtre, Mildred raconte leur passé. Femme au foyer et mère de deux filles, elle a quitté son mari infidèle et est devenue serveuse. Elle a ensuite prospéré dans les affaires de restauration tout en entretenant une relation avec un aristocrate désargenté, Monte Beragon. Sa fille Vera, dépensière et hautaine, s’est progressivement éloignée d’elle pour fréquenter les cercles mondains. Pour attirer sa fille qui apprécie particulièrement Monte, Mildred l’épouse. Il obtient des parts dans l’entreprise de Mildred. Un soir, elle découvre qu’il a vendu ses parts et qu’elle est sur le point de perdre ses restaurants. Furieuse, elle se rend à leur domicile. Alors que tout semble inculper Mildred, le policier l’amène à révéler la vérité. En rentrant chez elle, Mildred a surpris sa fille dans les bras de son mari. Rejetée avec mépris par son amant, Vera l’a tué. Pour protéger sa fille, Mildred a gardé le secret.

Le roman de Mildred Pierce est la tragédie d’une femme qui dans un monde d’hommes et à une époque de crise économique est parvenue à conquérir son indépendance personnelle et financière, mais qui pour obtenir l’amour de sa fille se défait progressivement de cette liberté. Rejetant courageusement son statut social de mère au foyer et d’épouse modèle, à une période où divorcer et travailler étaient mal vus pour les femmes, Mildred choisit d’aimer. Mais ses deux amours vont se retourner contre elle. Son second mari ne s’avère qu’un vil parasite et pour sa fille, Mildred est uniquement une voie d’ascension sociale.

Le talent de Michael Curtiz est d’avoir mélangé les genres, mêlant atmosphère de film noir, étude psychologique et critique sociale. Le début du film ressemble beaucoup à l’introduction des films noirs de l’époque. Mais c’est pour mieux nous plonger dans le cœur de cette aventure sociale, celle d’une femme abandonnée qui choisit d’aller contre les conventions sociales pour ses enfants. A travers les yeux de Vera, cette fille qui ne supporte pas que sa mère se dégrade en travaillant, c’est la société de l’époque qui est dépeinte. Une société où être mère célibataire tout en travaillant est perçu comme scandaleux. Mildred est une femme moderne et sa modernité choque. Cette critique de la condition des femmes dans ces banlieues américaines des années 30 est audacieuse pour l’époque. Et au-delà, c’est une critique du rêve américain qui transparaît. La promesse d’ascension sociale par le mérite et le travail se heurte à un mur de mépris. Ainsi, en dépit de sa fortune et de sa réussite, Mildred demeure exclue de l’élite. Elle reste marquée par ses origines sociales modestes et son travail.

L’étude psychologique des relations mère-fille est le pendant de cette critique sociale. Car si Vera n’a jamais aimé sa mère, n’est-ce pas avant tout parce qu’elle a toujours représenté à ses yeux cette tâche originelle indélébile, celle d’une mère issue d’un milieu social modeste ? Mildred renvoie Vera à sa condition sociale réelle et l’empêche d’être celle qu’elle a toujours souhaitée devenir, une grande bourgeoise de l’élite aux origines sociales irréprochables. La haine qu’elle voue à sa mère ne fait que refléter sa propre conscience des barrières sociales infranchissables. Avec Mildred pour mère, elle ne peut prétendre se hisser en haut de la hiérarchie sociale. Mildred voue un amour indéfectible à sa fille car elle se considère comme entièrement responsable de sa situation. Dès lors, son sacrifice pour sa  fille lui paraît normal.

Concernant les acteurs, Joan Crawford, qui a obtenu l’oscar de la meilleure actrice pour ce rôle, a le jeu nuancé qui convient. Elle prend à la fois les traits de la femme de caractère forte et courageuse et ceux de la femme faible face à une fille dont elle recherche l’amour à n’importe quel prix. Faible et forte à la fois. Voir la récente adaptation de Mildred Pierce sous forme de série, par HBO, avec Kate Winslet dans le rôle-titre.

Titre original : Mildred Pierce. Réalisation : Michael Curtiz. Acteurs principaux : Ann Blyth (Veda Pierce), Jack Carson (Wally Fay), Joan Crawford (Mildred Pierce), Zachary Scott (Monte Beragon). Scénario : Ranald MacDougall, William Faulkner (non crédité) et Catherine Turney (non créditée) d’après le roman Mildred Pierce de James M. Cain. Musique : Max Steiner. Pays d’origine : Etats-Unis. Date de sortie : 1945. Durée : 111 mn (1h51). 1945 : Oscar de la meilleure actrice pour Joan Crawford.

 

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