La loi du seigneur

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De William Wyler 

“I don’t want to die. I don’t think I could kill anyone if I tried. But I have to try, so long as other people have to.” (Josh Birdwell)

Synopsis : 1862, en pleine guerre de Sécession, dans une contrée de l’Indiana épargnée par le conflit. Une famille de quakers vit paisiblement à l’écart des troubles de la guerre. Alors que la menace sudiste se rapproche de leur région, les quakers de la communauté locale s’interrogent : faut-il renoncer au principe pacifique constitutif de leur religion pour se défendre contre ces hommes violents et armés ? Ou doivent-ils rejeter la violence au risque d’être dépouillés et tués ? …

Attention vous entrez dans la zone spoiler.

Face à ce dilemme, Jess et Eliza Birdwell refusent la violence. Mais la guerre les rattrape. Leur fille tombe amoureuse et se fiance à un officier nordiste, tandis que leur fils aîné, Josh, part au combat. Pour le protéger, Jess rompt son vœu de non-violence et part au front. En route, il voit son meilleur ami se faire tuer par un sudiste. Pendant ce temps, Eliza et ses deux enfants, seuls à la maison, sont envahis par des sudistes qui dévalisent leur réserve. Jess retrouve son fils et le ramène vivant à la maison. La fin du conflit permet un retour à la vie tranquille et retirée de la communauté.

Le film soulève deux questions intéressantes, mais les traite avec beaucoup de naïveté et de bons sentiments. La première interroge la possibilité de rester pacifique dans un monde violent. Wyler a choisi de traiter le sujet avec légèreté. C’est ainsi uniquement lorsque des soldats s’en prennent à son oie domestique que la mère de famille, prônant à longueur de journée la non-violence, rompt son engagement. Amusant mais pas très puissant sur le plan de la réflexion. A défaut d’avoir des idées, le film met bien en scène les sentiments des personnages et en particulier leurs tiraillements. C’est notamment le cas de la scène où Josh attend avec une anxiété maladive le convoi ennemi. Terrorisé à l’idée de devoir tuer des hommes, il se cramponne à son fusil, suant et tremblotant devant cette perspective.

Pour une fois, la violence est débanalisée. De manière assez innovante pour l’époque, elle n’est pas seulement abordée dans ses incidences sur les cibles, mais également sur ceux qui la mettent en œuvre. Après avoir tué des soldats ennemis, Josh est tellement choqué que son père le croit mort quand il le découvre étendu par terre. Il souffre en réalité non pas d’une blessure physique mais d’un traumatisme moral. A ce moment précis, on ressent à quel point le fait de tuer le dépossède d’une partie de son humanité. Malgré des apparences naïves et bien pensantes, Wyler nous fait vivre cette expérience de la violence avec un réalisme rare et audacieux.

La famille de quakers contribue à  donner de la substance au message pacifique du film en les montrant comme des individus échappant au cadre étroit de la religion. S’ils défendent la paix, ce n’est pas uniquement par respect aveugle des règles de leur religion pacifique. Ils expriment un réel attachement à la vie insouciante et relativement heureuse qu’ils mènent. C’est l’image d’une foi peu dogmatique et relativement ouverte qu’ils incarnent de manière sympathique. Les scènes comiques sont intelligemment distillées pour dépeindre l’humanité de cette famille. Ainsi, au début du film, lorsque le jeune Josh est terrorisé par une fratrie de sœurs cherchant à le harponner pour l’épouser, sa paralysie face à leur hystérie souligne avec ironie son caractère foncièrement doux.

La seconde question soulevée par le film porte sur le lien de dépendance entre un individu et sa communauté : est-il légitime de faire passer le choix individuel avant celui du groupe ? Ce second dilemme est incarné par le fils aîné, Josh, tiraillé entre sa volonté de prendre les armes contre les sudistes et le respect dû au principe quaker prohibant l’usage de la violence. C’est à la fois contre sa communauté et contre sa famille qu’il choisit finalement d’aller au combat. Dans un  pays où le communautarisme est un socle majeur de la société, ce questionnement revêt un intérêt particulier.

Dans un rôle à contre-emploi, Gary Cooper en père de famille quaker résolument pacifiste surprend (quatre ans après avoir joué dans Le Train sifflera trois fois le mari d’une quaker qui se retrouve seul avec son revolver pour affronter des criminels). C’est plutôt du côté de Mister Deeds qu’il faut chercher pour retrouver un personnage proche de Jess Birdwell. Cooper parvient très bien à humaniser et à rendre sympathique son personnage en jouant sur ses maladresses, sa simplicité et sa liberté d’esprit. La scène où il récite dans une diatribe enflammée des passages de la Bible devant des autorités quakers, pour masquer le bruit interdit d’un piano à l’étage, est une réussite grâce à son jeu. Sur un sujet sérieux, il introduit une légèreté qui donne au film sa fraîcheur et son charme. Dorothy McGuire campe bien une austère et dogmatique quaker. Enfin, Anthony Perkins en jeune homme tourmenté par un choix qui va à l’encontre des principes de sa communauté, est remarquable. Il laisse effleurer à la surface des sentiments contradictoires en même temps qu’une détermination.

Pour une version moderne, laïcisé et plus intense de cette réflexion sur la violence, voir A History of violence de D. Cronenberg.

Titre original : Friendly Persuasion. Réalisation : William Wyler. Acteurs principaux : Gary Cooper (Jess Birdwell), Dorothy McGuire (Eliza Birdwell), Anthony Perkins (Josh Birdwell). Scénario : Michael Wilson d’après un roman de Jessamyn West. Musique : Dimitri Tiomkin. Pays d’origine : Etats-Unis. Date de sortie : 1956. Durée : 137 (2h17). 1957 : Palme d’Or au Festival de Cannes.

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