La Dernière Caravane

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 De Delmer Daves

Sheriff Bull Harper: On foot through Apache country without no gun.
Cole Harper: Yeah.
Sheriff Bull Harper: This is his third day without food or water. I’m going to tell one and all that Commanche Todd was the bravest man I ever hung.”

Synopsis : 1873, en Arizona. Un homme tue plusieurs individus avant d’être arrêté par un shérif. Ils sont rejoints par un convoi de pionniers. Une jeune femme et son frère cadet prennent la défense du prisonnier, brutalisé par le shérif…

Attention vous entrez dans la zone spoiler.

Le prisonnier, surnommé Todd le Comanche, tue le shérif. Le soir, alors qu’un groupe de jeunes a déserté le camp pour se baigner, les comanches assassinent tous les pionniers. Todd, le seul rescapé, prend la tête du groupe. Ils sont rapidement encerclés par près de 300 indiens venus se venger du massacre de leurs femmes et de leurs enfants par des blancs. Todd mène le groupe vers le seul chemin libre, à travers le canyon de la mort. Alors que tout semble perdu, la jeune femme déclare son amour à Todd. Une petite troupe de soldats les trouve. Grâce à un ingénieux stratagème mis au point par Todd, ils parviennent à repousser l’attaque des comanches et à rejoindre un camp militaire. Todd est innocenté du meurtre du shérif et de ses trois frères, qui se sont rendus responsables du viol et du meurtre de sa femme et de ses enfants. Acquitté, il part vivre dans la nature avec la jeune femme et son frère cadet.

Ce western déçoit quant au traitement de l’idée – la vengeance peut-elle s’apparenter à une forme de justice ? – mais épate par sa maîtrise de l’espace et de l’intrigue. Dès la première scène du film, on est plongé au cœur d’un espace grandiose, témoin d’un meurtre dont on ne comprend pas le sens et dont on saisit uniquement la violence absurde. L’originalité du début tient à l’inversion réalisée  dans la représentation du gentil et du méchant. En tuant par surprise un individu sans défense, le gentil est pris pour le méchant. C’est uniquement dans un second temps qu’on apprend que les hommes qu’il a tué ont violé et tué sa femme et ses enfants. En dévoilant les motivations du personnage principal et en attirant la sympathie du spectateur sur lui, le film supprime l’ambiguïté du héros. Il interrompt le questionnement initial sur la définition de la justice. Le spectateur, rassuré de voir le personnage principal réinvesti de son « héroïsme », n’a dès lors plus de raison de s’interroger sur l’éthique d’une justice fondée sur la loi du talion. Redevenue une victime à travers le récit de la tuerie de sa famille, le film étouffe dans l’œuf la réflexion amorcée, pour lui substituer un discours mièvre et convenu sur le rachat d’un homme par les vies qu’il sauve.  

Si le film est décevant sur le plan de la réflexion, il est très divertissant et présente des qualités esthétiques indéniables. On est pris dans l’échappée du petit groupe mené par Ted et l’on suit avec anxiété leur traversée du canyon de la mort. Au-delà de cette tension, Delmer Daves parvient à rendre vivant l’environnement monumental dans lequel les protagonistes du film évoluent. Evitant la représentation de type carte postal, il rend présents l’immensité et l’aspect sauvage de l’ouest américain. N’importe quel autre film où les personnages demeureraient aussi insensibles après avoir découverts le massacre de leurs parents perdrait aussitôt l’attention des spectateurs. Ici, le réalisme de la nature permet de compenser le manque de réalisme de certains passages de l’histoire.

Outre une nature magnifiquement filmée et rendue vivante à l’écran, le film a un second atout décisif : Richard Widmark. Ses yeux sont d’une rare expressivité, exprimant successivement la froide conviction d’un tueur puis la bienveillance inquiète de l’homme. De même, son sourire est remarquable par sa « flexibilité », qui lui donne parfois l’air d’un carnassier sadique ravi de ses méfaits et à d’autres occasions, d’apprécier malicieusement la vie. Ses traits lui permettent d’exprimer des émotions opposées qui donnent à son personnage une profondeur et une ambiguïté étonnantes. Son interprétation, loin d’offrir une image lisse du héros, contribue à la tension du film, le spectateur ne sachant jamais avec certitude les motivations et les pensées du personnage.  En conclusion, un très bon western aux enjeux limités, mais illuminé par la prestation de Richard Widmark et le splendide cadre naturel.

Titre original : The Last wagon. Réalisation : Delmer Daves. Acteurs principaux : Richard Widmark (Todd), Felicia Farr (Jenny), Susan Kohner (Jolie). Scénario : James Edward Grant, Delmer Daves et Gwen Bagni Gielgud sur une histoire de Gwen Bagni Gielgud. Musique : Lionel Newman. Pays d’origine : Etats-Unis, Royaume-Uni. Date de sortie : 1957. Durée : 95 mn (1h35).

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