Gravity

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D’ALFONSO CUARON

SISYPHE DANS LES ETOILES

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Synopsis : Pour sa première expédition à bord d’une navette spatiale, le docteur Ryan Stone, brillante experte en ingénierie médicale, accompagne l’astronaute chevronné Matt Kowalsky. Mais alors qu’il s’agit apparemment d’une banale sortie dans l’espace, une catastrophe se produit….

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Qu’est-ce que l’homme dans l’espace ? Rien à l’échelle de l’univers et pourtant, il a réussi l’incroyable prouesse de défier la gravité. Le film d’Alfonso Cuaron, Gravity, illustre cette contradiction. Immergé dans l’espace, nos repères s’évanouissent dans l’immensité de cet horizon sans fin. Le temps semble figé dans un silence angoissant, les mouvements échappent à la gravité terrestre, respirer devient une prouesse. Dans ce milieu inadapté à la vie terrestre, dépouillé des artifices de la civilisation, la fragilité et l’insignifiance humaine apparaissent crûment. Et la Terre elle-même, dont l’omniprésence en arrière-plan est rassurante, s’avère en réalité d’un faible secours. Parmi les étoiles, la Terre perd de son humanité pour retrouver son existence propre, en dehors des hommes. Elle redevient une planète parmi d’autres, renforçant d’autant l’isolement de l’homme, spectateur fasciné et muet dans ce ballet astral. Le monde se met à exister sans l’humanité.

Mais de l’admiration à l’horreur, il n’y a qu’un fil. Et lorsque le fil reliant notre héroïne à sa navette se rompt, à la suite d’une déferlante de projectiles et qu’elle perd le contact avec la Terre, rien ne semble plus pouvoir la sauver. Ryan Stone n’est plus. Elle s’est muée en projectile, dérivant aléatoirement comme l’un des innombrables corps de l’univers, aspirée dans le vide à une vitesse insaisissable. L’angoisse qui se tapissait dans l’ombre de notre fascination reprend alors violemment le dessus, réveillant notre peur la plus profonde : et si elle disparaissait dans le vide ? Et si nous étions tous amenés à disparaître dans le vide, sans laisser de traces ? En décuplant nos émotions et notre sentiment de solitude, l’espace transforme le questionnement en expérience grandeur nature. Et derrière la course contre la montre engagée par l’héroïne, pour regagner la Terre et retrouver l’humanité, se profile une intense et éprouvante réflexion sur le sens de l’existence humaine.

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A 600 km au-dessus de la Terre, le questionnement prend une importance et une acuité exceptionnelles : Ryan Stone est seule face à elle-même, seule avec ses interrogations, seule dans ses choix et en particulier dans celui de se battre ou d’abandonner une lutte désespérée. Son combat soulève les mêmes enjeux que celui des hommes, sur Terre, mais les cadres de sa réflexion sont différents. A 600 km au-dessus de la Terre, il n’y a plus de refuge métaphysique qui tiennent : Dieu n’est plus là et n’a plus d’intermédiaires auxquels on peut s’adresser. Il n’y a plus que les lois de la gravité. En face de son angoisse existentielle, elle ne dispose d’aucun refuge, d’aucune retraite, si ce n’est la mort.

(Attention vous entrez dans une zone spoiler)

Dans Gravity, l’angoisse s’est déplacée, le mystère s’est dissipé pour laisser place à un effrayant constat : l’humanité est insignifiante à l’échelle de l’univers. Dès lors, si rien n’a de sens, si la vie peut disparaître aussi aléatoirement qu’elle était apparue, si de toute façon l’humanité est vouée à disparaître, pourquoi résister à la séduction du néant ? Pourquoi Ryan Stone continuerait-elle à se battre pour survivre, pour donner du sens à sa vie, alors même qu’un absurde accident, dans une cour de récréation, lui a arraché sa fille ? Bref, pourquoi lutter alors que tout n’est que passager, mortel et que dans l’univers, nous ne sommes rien ? Dans un précédent film, Les Fils de l’homme (2006), inspiré du roman du même titre de P.D. James, Alfonso Cuaron nous plongeait dans une société futuriste, où les êtres humains ne parvenaient plus à se reproduire. Il s’interrogeait ainsi sur le sens de l’existence de l’humanité qui, privée d’espérance et d’avenir, s’écroulait. Dans Gravity, le réalisateur poursuit cette interrogation, mais cette fois, l’angoisse existentielle d’un individu lui sert à interroger le présent de l’humanité.

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Ryan Stone ne veut plus être Sisyphe. La lutte est perdue d’avance, alors à quoi bon continuer ? La mort ne peut être vaincue. Notre insignifiance ne peut être dépassée. A quoi cela servirait-il de vouloir échapper à la tragique condition humaine, qui, invariablement, l’amène à endurer la même ascension, à hisser de ses frêles épaules le même rocher de souffrances et de doutes, qui roulera en bas avant d’atteindre le sommet, réduisant à néant ses efforts ? Abandonnant une lutte qui semble perdue d’avance, Ryan Stone tombe, glisse, se résigne et choisit de précipiter sa propre mort.

Mais Sisyphe n’est pas si facilement vaincu. Et elle ne peut finalement se résoudre à abandonner un combat dont l’issue fatale peut encore être retardée. Contre toute attente, elle choisit de vivre. La voix imaginaire de son collègue disparu et les voix étrangères captées par sa radio, renouent son lien avec l’humanité et font renaître sa révolte contre la mort. L’empathie la sauve. Albert Camus imaginait Sisyphe heureux[1], trouvant dans sa révolte face à l’absurdité une satisfaction suffisante pour lui faire endurer son interminable calvaire. L’univers peut bien avoir raison de l’humanité, l’homme, même battu, peut toujours lui arracher un semblant de victoire en refusant sa défaite.

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A travers la lutte acharnée de son héroïne pour survivre, c’est le courage de la lutte humaine qui apparait. Une lutte perdue d’avance, mais dont la beauté réside précisément dans sa persévérance et dans sa volonté, jamais éteinte, de poursuivre le combat. Le vide, la peur et la mort ne sauraient entraver sa détermination à vivre. De sa petitesse et de son insignifiance, Sisyphe a réussi à dominer la gravité ! La lutte de Ryan Stone est celle de l’humanité. Sa victoire est celle de la science, qui en défiant le silence de l’univers et les entraves de l’Eglise, a inlassablement tenté de comprendre le monde et a rendu possible l’exploration de l’espace. La science retrouve grâce à Gravity sa capacité à faire rêver. Et l’effroi de Bertolt Brecht devant le fossé grandissant entre le public et les scientifiques, seuls capables de comprendre leur propre discours, se transforme en admiration. Brecht faisait dire à Galilée[2] : « La coupure entre les savants et l’humanité peut un jour devenir si profonde que votre cri de triomphe devant quelque nouvelle conquête pourrait recevoir pour réponse un universel cri d’épouvante.» Alfonson Cuaron fait, lui, retentir un cri d’espoir.

On aura compris que l’intérêt est d’utiliser la 3D pas simplement pour faire naitre des sensations fortes, mais pour susciter une réflexion métaphysique. L’un des principaux acteurs du film, George Clooney la résume fort bien : « Les thèmes qu’il aborde nous touchent au plus profond, et bien plus qu’on pourrait s’y attendre s’agissant d’un film se déroulant dans l’espace. Le film parle de la manière dont on affronte sa propre mort…ou sa propre vie. Et je pense que Gravity va susciter pas mal de discussions »[3].

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Titre original : Gravity. Réalisation : Alfonso Cuaron. Acteurs principaux : Sandra Bullock (Dr Ryan Stone), George Clooney (Matt Kowalski). Scénario : Alfonso Cuarón, Jonas Cuaron et Rodrigo Garcia. Musique : Steven Price. Pays d’origine : Etats-Unis, Royaume-Uni. Date de sortie : 9 octobre 2013. Durée : 91mn (1h31).


[1] Albert Camus, Le mythe de Sisyphe, 1942 : « La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d’homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux.»
[2] Bertolt Brecht, La Vie de Galilée, 1943.
[3] Dossier de presse de la Warner Bros.

8 réflexions au sujet de « Gravity »

  1. Très bonne critique :) Antoine m’a donné envie de le voir, maintenant que j’ai lu ta critique ça me donne une raison de plus d’y aller. Assez incroyable l’unanimité que suscite ce film, ça donne envie ! Faut que je me dépêche parce que ce serait dommage de louper le film en salle, à la TV ça doit rendre un peu moins bien…

  2. Je trouve que Sisyphe n’a pas grand chose à voir avec Gravity. Sisyphe, c’est le « bonheur » de vivre même si la vie n’a pas de prolongement extra-terrestre. C’est la vie pour la vie. Gravity, c’est, me semble-t-il, un mélange du réel le plus perceptible et de l’irréel, du rêve d’éternité qui n’a rien de « sisyphien ». L’intérêt du film, d’après moi, c’est qu’il fait vraiment sentir au spectateur, ce qu’est l’apesanteur. Du reste, d’ex-astronautes expliquent qu’ils y ont reconnu leurs sensations dans le cosmos. Sur ce « reportage » dans l’espace, remarquablement filmé, est plaquée une histoire complétement irréelle. Certes, le personnage joué par Sandra Bullock lutte pour sa survie. Mais, en plus, quelles que soient les catastrophes qu’elle doit affronter, elle survie toujours. Il est clair que dans le réel, elle serait morte au bout de quelques secondes. Dans le film, il suffit qu’elle entende la voix d’outre-tombe de Clooney pour que, non seulement sa volonté de vivre renaisse, mais qu’elle devienne quasiment éternelle, en tout cas que rien ne puisse la détruire. Elle triomphe toujours de la mort et revient finalement sur terre. Même le dernier épisode est un peu ridicule: sous l’eau, elle prend le temps d’enlever son scaphandre, puis de nager, comme si l’homme pouvait vivre sous l’eau pendant des minutes et des minutes…Par ailleurs, le personnage de Clooney, me paraît un peu saugrenu. C’est Nespresso dans le cosmos. Toujours égal à l’image qu’il donne dans cette publicité: souriant, ironique, légèrement dragueur, content de lui, etc…bref, il me semble que ce film a d’autant plus de succès que chacun peut y trouver ce qu’il cherche: les uns une plongée « réaliste » dans l’apesanteur (d’où son titre). Les autres, une ouverture sur la capacité (hélas imaginaire) de l’homme à survivre en toutes circonstances, prélude à l’éternité (?). Dans ton classement, je lui aurai donné 2 ou peut-être 3, certainement pas 4 ce qui en fait l’égal de véritables chef-d’oeuvres comme Le 7eme sceau dont tu as récemment parlé.

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    Ce que je dis ci-dessus n’enlève rien à mon opinion sur la qualité « technique » du film: il est vrai qu’il fait admirablement ressentir l’apesanteur. Peut-on dire que c’est pour autant une apologie de la science, de l’homme face à un univers incompréhensible et hostile ? Peut-être pour cela, il aurait fallu que le cinéaste, au lieu de multiplier les catastrophes irréalistes auxquelles il est douteux que des cosmonautes puissent survivre, montre, comment des hommes ont refusé l’état de choses existant, le dogmatisme religieux qui les environnait, pour essayer de découvrir l’univers. La « conquête » de l’espace est en effet un témoignage parmi d’autres de cette formidable volonté humaine. Cette volonté de comprendre l’univers n’apparaît guère dans les personnages joués par Sandra B. ou Clooney. Bref, le film est remarquable par ses effets spéciaux et un peu enfantin en ce qui concerne sa réflexion métaphysique sur la science et ce qu’elle montre de l’humanité.

  4. Votre critique est bonne mais je trouve que vous allez beaucoup trop loin. Sur le fond, je suis d accord avec la critique émise par Watson. Les scènes d apesanteur sont très belles. Mais en ce qui concerne la psychologie des personnages, c est assez sommaire. Clooney n évolue pas du tout. Bullock évolue de façon attendue: on comprend que l histoire du drame qu elle a vécu n est qu un prétexte pour justifier dans un premier temps le découragement du héros et le fait qu elle se laisse mourir. Mais bien sur, ça n est que pour mieux rebondir dans un second temps … Ce qui est très attendu, et concerne beaucoup de films d actions.

    Par ailleurs, je trouve que votre critique concernant le côté éloge de la science du film va aussi beaucoup trop loin. On pourrait aussi interpréter le film exactement en sens inverse. La dernière scène du film, le retour a la terre, peut signifier au contraire que ce qui compte au final c est l humanité et non ces conquêtes spatiales un peu veines qui font oublier l essentiel …la vie… La toute dernière scène, métaphore des premiers pas sur la lune réinterprétée sur l île déserte, va dans ce sens. Revenir sur terre, s intéresser aux choses vraiment essentielles , voilà ce qui est un pas de géant pour l humananite (ce n est pas ma conception, mais je pense que le film peut être interprété ainsi).

    Au final, peut être 2 étoiles, peut être 3 pour le côté esthétique (et encore). Mais sûrement pas un chef d œuvre. Les scènes d action sont du reste assez répétitives, et donnent l impression de déjà vu.

  5. Dr Watson et Tom : Merci pour toutes vos remarques très argumentées ! Vous regrettez le manque de réalisme de Gravity ainsi que sa pauvreté sur le plan de la réflexion. Examinons ces deux points. Effectivement, l’héroïne survit à une succession de catastrophes dont il paraît peu probable qu’un humain puisse réchapper. Mais le cinéma, comme la littérature d’ailleurs, ne sont-ils pas en droit de s’éloigner parfois de la réalité pour mieux souligner certaines idées ? La déformation du réel me semble parfois utile à la réflexion. Dans Gravity, ce manque de réalisme ne m’a pas gêné, car il m’a paru condenser les difficultés innombrables auxquelles l’humanité a été confrontée dans sa lutte pour sa survie. Plutôt qu’un rêve d’éternité que Dr Watson évoque, j’y vois une parabole du fardeau de l’humanité, sans cesse confrontée à l’insignifiance de sa condition. Chaque projectile qui vient frapper Ryan Stone est un rappel de sa mortalité. En outre, en faisant voyager l’héroïne d’une navette américaine, à une navette russe puis chinoise, l’universalité de la lutte humaine en est renforcée. Aurait-il été plus génial de montrer la beauté de l’aventure humaine sans avoir recours à toutes ces catastrophes, en se contentant de filmer, tel un documentaire, des astronautes dans l’espace ? Peut-être, et j’attends un tel film avec impatience.

    Venons-en maintenant à l’autre défaut majeur du film selon vous, la pauvreté de sa réflexion, qui amènerait chaque spectateur à remplir ce vide par sa propre interprétation. Vous soulevez là un questionnement central dans l’écriture d’une critique : dans quelle mesure est-ce qu’on plaque nos propres idées et ressentis sur les films, quand bien même le réalisateur ne dit rien ou pas grand-chose ? C’est une question que je me pose très souvent et que je me suis particulièrement posée pour Gravity, dans la mesure où le film est avare en dialogues et qu’il est facile de se laisser happer par notre fascination pour sa prouesse technique. Alors, est-ce que Gravity ne dit rien et que je lui en fait dire trop, comme le pense Tom ?

    Il me semble que la réflexion du film n’est pas dans sa réponse, mais dans le questionnement qu’il fait apparaître sur le sens de l’existence : pourquoi lutter pour sa survie alors que nous ne sommes rien dans l’univers et que nous sommes voués à disparaître ? L’intérêt du film est de soulever cette question en faisant ressentir au spectateur ses enjeux. Gravity est loin d’être le premier film à avoir soulevé cette interrogation, mais c’est l’un des quelques films à lui donner une réalité, en nous faisant éprouver la solitude de son héroïne et son sentiment d’abandon dans l’espace. Nous devenons Ryan Stone, nous héritons de son dilemme sur le sens d’une lutte vouée à l’échec. Quant à la réponse du film à cette question, quand l’héroïne se réveille et décide de vivre, je suis d’accord pour dire qu’elle manque de profondeur et qu’elle est trop simpliste. On ne sait pas très bien au juste pourquoi elle choisit de vivre. Pour moi, c’est son empathie et son instinct de survie qui la réveillent. Mais chacun est libre de se faire sa propre interprétation. De même, son retour sur Terre peut à la fois être interprété comme le triomphe de l’humanité sur l’adversité ou à l’instar de Tom, comme un repli de l’humanité sur la Terre, en rupture avec sa volonté de comprendre le monde qui l’entoure et de s’aventurer dans cet espace mortuaire. Richesse du questionnement et pauvreté de la réponse.

    Au final, faut-il lui conserver ses 4 étoiles ? A mes yeux, Gravity reste un très bon film, malgré ses faiblesses. Jamais je n’avais ressenti la sensation d’être dans l’espace et jamais notre petitesse et notre lutte courageuse pour notre survie m’étaient apparues avec autant de force, au cinéma, que dans cette immensité angoissante et dans ses efforts désespérés pour regagner la Terre et retrouver l’humanité.

  6. Bonjour Liv,

    Je ne vais pas détailler la technique du film. D’une part parce que je n’y connais rien, et d’autre part parce que de mes modestes yeux de spectateurs, je l’ai trouvé magnifiquement bien réalisé.
    Le film réussi à me réconcilier avec la 3D dont je comprends parfaitement l’utilisation ; l’histoire se passant dans l’espace, c’est à dire dans un lieu sans autres repères que la présence des objets, la 3D renforce l’impression de solitude des personnages.
    Le fait même de réussir un faire un film avec seulement trois acteurs (Elle, Lui, et l’amas de débris) en conservant un bon rythme est également appréciable. Cela permet de passer au second plan le fait que le scénario soit, effectivement peu réaliste… On s’en fiche au final. Le réalisme de l’histoire n’a aucun intérêt, seul compte le réalisme de la lutte pour la survie. Avouons que l’on a tous espéré qu’elle s’en sorte, et qu’elle parvienne à rejoindre la terre, elle qui apparait si souvent en arrière plan et qui semble tellement hors de portée.

    Si je partage ton enthousiasme pour cet excellent film, je ne suis pas d’accord avec la comparaison avec le mythe de Sisyphe.
    Elle n’est ni condamnée à refaire un geste absurde indéfiniment. Elle n’est pas non plus confrontée à une injustice. Face à la situation, elle ne trouve ni quiétude ni bonheur dans l’effort. Elle se résigne même.
    Pourquoi se bat-elle alors ? Parce qu’elle est guidée par son instinct animal de survie.
    C’est cet instinct qui la pousse à lutter et à renoncer à son suicide alors même qu’elle se sent détruite par la mort de sa fille et par le fait que personne ne l’attende « en bas ». Comme un animal en situation de péril, elle ne veut pas mourir. Elle ressent une peur qu’elle parvient à maitriser, elle dépasse ses capacités intellectuelles (épisode de la « réapparition » de Clooney) et physiques (dernière scène). Et surtout, elle cherche la présence réconfortante de ses semblables.

    La dernière scène, je ne la trouve pas ridicule, au contraire. On assiste à une renaissance du personnage, elle a changée de tenue, elle prend conscience de la tangibilité de ce qui l’entoure, l’eau, la terre…Puis elle lutte pour se mettre debout et regarder le ciel. Elle n’est plus un animal à la dérive luttant pour sa survie mais de nouveau une femme… ayant d’ailleurs une belle histoire à raconter.

    4 étoiles me semblent justifiées.
    Merci pour la critique,

    Romain

  7. Bonsoir Liv… Je suis allée hier soir voir Gravity, c’est tout frais j’en profite !

    Comme Romain, j’ai quelques difficultés à adhérer à ta comparaison avec Sisyphe. Guidée par l’instinct alors que sa raison l’invite à abandonner la lutte, Ryan peut faire usage de son libre arbitre. Ce qui n’est pas le cas de Sisyphe, condamné à rouler sa pierre. Peut-être Sisyphe et Ryan sont-ils tous les deux la même métaphore de la condition humaine ? Idem pour l’apologie de la science, je suis passée complètement à côté pour ma part.

    Côté technique et esthétique, le film est magnifique. Sans doute que le voir sur un petit écran lui fera perdre de l’intérêt (Quel joli moment lorsqu’elle ôte ses vêtements et s’endort en position fœtale et puis la terre avec le couchant pour horizon, sont des moments magnifiques) !
    Côté scénario, on tombe un peu dans le pathos : la mort de sa petite fille en tête pour faire pleurer dans les chaumières. L’armada de psychologues qui analysent les cosmonautes auraient-ils envoyé une femme, si brillante soit-elle, dans l’espace avec un tel risque de fragilité psychologique ? Est-ce réaliste ?

    La fin m’a presque fait rire. La métaphore entre l’arrivée dans l’eau et la renaissance est grossière. Oui j’avais envie qu’elle s’en sorte mais le contraire eut été plus réaliste et je me suis dit qu’avec le bol qu’elle avait elle aura atterri sur une île déserte au mieux ou au pire, peuplée par d’affreux cannibales ;-)

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