Gladiator

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 De Ridley Scott

« My name is Maximus Decimus Meridius, commander of the Armies of the North, General of the Felix Legions, loyal servant to the true emperor, Marcus Aurelius. Father to a murdered son, husband to a murdered wife. And I will have my vengeance, in this life or the next.”

Synopsis : Au IIe siècle après J.C., l’empire romain est menacé par des incursions germaniques. L’empereur-philosophe Marc Aurèle, vieillissant, s’apprête à nommer son successeur. Il choisit le fidèle et victorieux général Maximus. Alors qu’il informe son fils, Commode, de sa décision, ce dernier le tue et usurpe le trône. Maximus échappe de justesse à ses assassins…

Attention vous entrez dans la zone spoiler.

Maximus ne peut empêcher le meurtre de sa femme et de son fils. Recueilli par un marchand d’esclave, il devient gladiateur. Ses succès et sa théâtralité lui attirent la faveur du public. Il est envoyé à Rome pour affronter les meilleurs gladiateurs au Colisée. Il remporte une immense popularité en défiant l’empereur dans l’arène. Son combat acquiert une dimension politique quand la sœur de l’empereur, Lucilla, et des sénateurs prennent son parti. Ils organisent un coup d’état qui échoue. L’empereur défie Maximus dans l’arène du Colisée. Maximus tue Commode et meurt à son tour, après avoir fait promettre à Lucilla de protéger Rome, en s’assurant qu’elle redevienne une République.

Gladiator est entré dans le panthéon des chefs-d’œuvre du cinéma. Avec Gladiator, la vengeance devient un art. Rarement un film a autant insufflé au spectateur le courage et la rage de vaincre. Mais, au-delà de la satisfaction apportée par la combativité jamais défaillante du héros, le film est une réussite par la complexité de ses personnages. L’empereur fou, Commode, est loin d’être un méchant banal, uniquement obnubilé par le pouvoir. Il bascule dans la violence quand il comprend que son père ne l’a jamais aimé. Ce père, Marc-Aurèle, philosophe de renom qui n’a pourtant jamais su aimer son fils. Personnage incompris, Commode  s’interroge sur le sens de la vie- fait plutôt inattendu chez le méchant- et avoue sa profonde peur de la solitude. Parvenu au sommet du pouvoir, plus seul que jamais, il cherche désespérément l’amour de sa sœur et d’une plèbe qui le terrifie. La tragique beauté qui se dégage de ce méchant, mélange de cruauté perverse et de fragilité, en fait un superbe adversaire.

Joaquin Phoenix déploie une grande finesse dans le rôle. En montrant l’humanité et la fragilité de Commode, il parvient à rendre attachant ce personnage pourtant effrayant. Peu de scènes sont aussi déchirantes que celle où, en larmes, il demande à son père pourquoi il ne l’a jamais aimé : « One kind word, one full hug… where you pressed me to your chest and held me tight. Would have been like the sun on my heart for a thousand years. What is it in me that you hate so much?. »  A partir de cette scène, l’affrontement tragique entre l’enfant rejeté et l’enfant prodigue devient inévitable. Maximus présente moins de nuances que Commode. D’une certaine manière, il est moins intéressant. Il illumine le film par l’esthétisme de sa vengeance. On souffre avec lui en pensant à la vie qui lui était promise en tant qu’empereur, si le perfide Commode n’avait pas tué le sage Marc-Aurèle. Mais la blessure de Commode est plus profonde. C’est celle d’une humanité blessée, d’un incompris qui crève de jalousie à l’encontre de l’homme que son père lui a préféré. A la manière d’une tragédie antique, les déceptions et les passions interfèrent avec la grande histoire.

A travers l’affrontement des hommes, Ridley Scott souligne le rôle du divertissement dans le fonctionnement du pouvoir. « Des jeux et du pain », telle est la politique de Commode pour s’attirer la sympathie de la plèbe et la détourner des vrais enjeux. Gladiator amorce également une réflexion sur l’importance des représentations mentales dans la conduite des affaires politiques. Ainsi, tout au long du film, Commode, Lucilla et Maximus s’interrogent chacun sur la grandeur de Rome en se référant à l’idée qu’elle incarne, comme si ses réalisations ne devaient servir qu’à façonner une certaine idée de Rome. Et le film se termine par une ode à l’idée de Rome, le rêve d’un renouveau de la République. Ces idées sont intéressantes, mais R. Scott s’est contenté de les exposer, là où il aurait pu les discuter.

 A la beauté des personnages vient se superposer des dialogues tranchants, déclamés comme des vers et parfois profonds. Ayant trouvé les dialogues trop creux, Russell Crowe a inséré dans le film des phrases extraites des Pensées de Marc-Aurèle. Pour une fois, les répliques grandiloquentes des personnages se justifient. Elles marquent des moments clés de l’intrigue et la portent à des sommets.

Du point de vue de la réalisation, la beauté des scènes, leur réalisme et leur originalité achèvent de faire de Gladiator un chef-d’œuvre. Dès les premières minutes du film, le spectateur est plongé au cœur de la bataille. Des unités de cavalerie traversent l’écran, des ordres sont adressés sans que l’on en comprenne le sens, la musique nous emporte : la bataille a commencé. Les scènes se succèdent grâce à des transitions remarquablement réalisées, qui donnent au récit une grande fluidité et ce malgré la multiplicité des théâtres d’action. Ridley Scott a eu l’intelligence de ne pas tout miser sur les belles scènes de combat. L’alternance d’épisodes violents avec des épisodes émouvants est parfaitement réussie. 

Se hissant magistralement à la hauteur des images, la musique nous entraîne au cœur de l’action. Et que serait Gladiator sans sa musique ? Elle fait vibrer le spectateur dans l’arène, éclaire la part d’humanité de Commode et célèbre la grandeur de Rome. Le choix des morceaux émerveille tant ils se superposent toujours parfaitement au rythme des scènes. Que dire de cette scène où Maximus et l’empereur sont hissés par une nacelle souterraine vers le Colisée, au rythme d’une musique qui donne à la scène une solennité tragique, préparant le spectateur à l’affrontement à mort qui va avoir lieu.

Pour finir, arrêtons-nous sur l’une des critiques souvent adressée au film, à savoir son manque d’historicité. Sur plusieurs points, le film est historiquement faux (les erreurs sont trop nombreuses pour être exposées ici). On en vient d’ailleurs à s’interroger sur l’intérêt des nombreux consultants historiques engagés par R. Scott. Mais est-ce bien important ? Certes, les erreurs historiques sont considérables, à l’instar de la volonté attribuée à Marc-Aurèle de rétablir une République, à une époque où l’Empire était devenue la norme. Gladiator ne prétend pas vraiment dépeindre une réalité historique. Le film est davantage un rêve historique servant de trame à une tragédie. Et quel historien peut se targuer d’avoir suscité autant d’intérêt chez le grand public pour la Rome antique ? Gladiator a diffusé une certaine représentation de l’antiquité et il ne tient qu’aux spectateurs de la corriger par la lecture. En outre, le film nous offre une reconstitution historique de la Rome antique qu’aucun autre péplum n’avait jusque-là réalisé.

Inspiré de La Chute de l’empire romain d’A. Mann, de Spartacus de Kubrick et de Ben-Hur de William Wyler, Gladiator a redonné vie au péplum en surpassant ses modèles.

Titre original : Gladiator. Réalisation : Ridley Scott. Acteurs principaux : Russell Crowe (Maximus Décimus Méridius), Richard Harris (Marc Aurèle), Djimon Hounsou (Juba), Derek Jacobi (le sénateur Gracchus), Connie Nielsen (Lucilla), Joaquin Phoenix (Commode), Oliver Reed (Antonius Proximo).   Scénario : David Franzoni, John Logan et William Nicholson, d’après une histoire de David Franzoni. Musique : Hans Zimmer et Lisa Gerrard. Pays d’origine : Etats-Unis et Royaume-Uni. Date de sortie : 2000. Durée : 155/171mn (version longue).

2 réflexions au sujet de « Gladiator »

  1. Je ne suis pas d’accord avec toi Nicolas. Si le personnage de Maximus est plus facile à lire, moins nuancé que celui de l’Empereur, il n’en reste pas moins un héro avec de l’épaisseur. Commode lui offre cette position par l’assassinat de l’empereur. La pugnacité de ce paysan espagnol se révèle dans l’adversité. Maximus n’aspirait qu’à une seule chose (et Marc-Aurèle le savait), rentrer chez lui. Mais le fatum en décide autrement. Il devient l’instrument d’une idée (et d’une seule) : Rome. Rome dont il ignore tout, sauf ce que Marc Aurèle a pu lui en dire. Sans lui pas de double figure des frères ennemis… Le relief et la complexité de Commode sont accentués par la bravoure (légèrement grandiloquente, certes) de Maximus. L’un ne va pas sans l’autre (oserai-je tenter un parallèle avec le mythe de Rémus et de Romulus… Puisqu’il s’agit là de refonder Rome).
    Merci Liv pour cette belle critique !

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