Colonel Blimp

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De POWELL ET PRESSBURGER

  »Theo Kretschmar-Schuldorff: “Clive! If you let yourself be defeated by them, just because you are too fair to hit back the same way they hit at you, there won’t be any methods but Nazi methods!”

Synopsis : A travers la vie  de Clive Candy – le colonel Blimp –  , de 1902 à 1943, Pressuburger et Powell nous entraînent dans les péripéties de l’existence d’un aristocrate anglais, de ses guerres et de ses amours.

Attention vous entrez dans la zone spoiler.

Le film commence par déprécier son héros, que l’on découvre en vieillard chauve et bedonnant, se prélassant dans des bains turcs, alors que ses propres troupes le font prisonnier lors d’un exercice militaire. L’humiliation du vieillard est aussitôt interrompue par un retour à sa jeunesse, fringuant militaire en butte à sa hiérarchie pour défendre l’honneur de son pays. Engagé sur les principaux fronts du début du siècle, de la guerre des Boers à la première guerre mondiale, le colonel Blimp ne cesse de lutter pour son idéal de guerre menée selon les règles des gentlemen anglais.

Au cours d’un séjour à Berlin, en 1902, il tombe sous le charme d’Edith, une jeune anglaise et se lie d’amitié, après l’avoir affronté en duel, avec un officier allemand, Theo Kretschmar-Schuldorff. Theo épouse Edith et Clive retourne en Angleterre. La première guerre mondiale éclate. Theo est prisonnier des Anglais, puis est renvoyé en Allemagne, amer et brisé. En 1939, réfugié en Angleterre, Theo cherche à convaincre l’administration anglaise de ne pas le renvoyer en Allemagne. Edith est morte et leurs enfants sont devenus nazis. Clive se porte garant pour son ami. Tandis que Theo est lucide sur le basculement du monde dans une ère nouvelle, Clive s’accroche aux cadres mentaux du passé. Ridiculisé par ses troupes lors d’un exercice militaire, il comprend finalement que les temps ont changé.

Le colonel Blimp est le récit d’un changement d’époque à travers les réactions d’un gentleman anglais. Le manque de lucidité de la vieille Europe quant à la menace représentée par l’Allemagne nazie est incarné par Clive Candy. La première guerre mondiale porte une première atteinte à ses valeurs qu’il voit bafouer par un conflit sale et arbitrairement meurtrier, loin des duels réglés de sa jeunesse. La seconde guerre mondiale lui est moralement fatale. Il est dépassé par une guerre qui ne respecte plus rien des codes d’antan. « La guerre doit commencer à minuit », expression qu’il emploie à plusieurs reprises alors qu’il est fait prisonnier par ses soldats, qui ont devancé de plusieurs heures le début de l’exercice militaire, résonne comme son chant du cygne.

 A travers lui, le film montre l’incompréhension d’une génération qui s’accroche au passé, sans comprendre qu’il est définitivement révolu. C’est finalement son ami, l’ancien officier allemand Theo, qui tente de lui ouvrir les yeux sur le changement à l’œuvre dans les relations internationales : non, il n’est désormais plus possible d’être un gentleman dans un monde où les adversaires ont cessé de suivre les règles et où un pays entier a sombré dans le nazisme. La guerre ne doit plus être menée comme un jeu de cricket entre aristocrates anglais, elle est devenue le dernier recours de la civilisation menacée par la barbarie.

Réalisé en 1943, le Colonel Blimp est un appel lancé aux dirigeants anglais pour abandonner leurs codes de gentlemen et affronter résolument, hors du cadre défini par la bienséance anglaise, un ennemi d’un genre nouveau. Outre cette réflexion sur le changement d’époque intervenu dans l’entre-deux guerres, le film analyse avec finesse la vieillesse. Comment rester partie prenante d’un monde où les règles nous sont devenues étrangères ? D’un côté, il semble nécessaire de s’adapter aux évolutions, mais d’un autre côté, s’adapter n’est-ce pas renoncer à ses valeurs ? Oscillant entre ces deux perspectives, le film nous invite à un aller-retour entre le passé et le présent, à l’image du découpage même de l’œuvre : du vieillard pathétiquement dépassé croyant naïvement pouvoir adapter son époque à ses propres valeurs, au jeune homme valeureux contribuant aux combats de son époque, pour en revenir au vieillard, saisissant finalement la fuite inexorable du temps et son incapacité à s’adapter. Saisir les enjeux du présent nécessite une hauteur de vue défendue par Pressburger et Powell. Le renoncement à certaines valeurs du passé doit être temporaire et ne doit pas conduire à rejeter dans le passé l’éthique anglaise.

La réalisation raffinée du duo est adaptée à la description de la vie d’un gentleman anglais du début du siècle. On peut toutefois regretter le manque de charme de l’acteur principal, Roger Livesey, qui limite le degré d’empathie du spectateur, ainsi que le regard un peu trop complaisant des deux réalisateurs vis-à-vis de l’Angleterre, lors de l’évocation de la guerre des Boers. Le film est intéressant, mais il manque de vie : les personnages et leurs relations semblent trop artificielles, trop impersonnelles. On traverse les épisodes majeurs de la vie du héros sans se sentir réellement partie prenante. C’est étonnement un personnage secondaire, Theo Kretschmar-Schuldorff, qui livre les moments les plus mémorables du film et dont le jeu justifie à lui seul trois étoiles. A deux reprises, lorsqu’il explique pourquoi il veut rester en Angleterre, puis quand il expose la nécessité de se départir des convenances pour vaincre l’Allemagne, l’acteur Anton Walbrook brille par son interprétation. Autre rôle notable : le triplé de Deborah Kerr, interprétant successivement trois personnages différents.

Le film déplut particulièrement à W. Churchill qui voyait d’un mauvais œil, en pleine guerre, la défense des valeurs anglaises par un Allemand, alors même que le colonel Blimp, symbole du soldat anglais, apparaissait lui complètement dépassé. En s’inspirant d’un héros de dessins satiriques caricaturant les soldats anglais en les présentant comme de flegmatiques braves, le film fut jugé dangereux et antipatriotique. A défaut de l’interdire, le gouvernement essaya de contrecarrer sa réalisation, en refusant notamment le prêt de matériels militaires. Pour pallier ce manque de moyens, Pressburger et Powell rivalisèrent d’ingéniosité, allant jusqu’à voler les uniformes militaires des personnages à l’armée.

Titre original : The Life and Death of Colonel Blimp. Réalisation : Michael Powell et Emeric Pressburger. Acteurs principaux : Roger Livesey (Clive Wynne-Candy), Deborah Kerr (Edith Hunter/Barbara Wynne/Angela « Johnny » Cannon), Anton Walbrook (Theodore « Théo » Kretschmar-Schuldorff). Scénario : Michael Powell et Emeric Pressburger. Musique : Allan Gray. Pays : Royaume-Uni. Date de sortie : 1943. Durée : 163mn (2h43).

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