Brève rencontre

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De David Lean

“I’m a happily married woman – or I was, rather, until a few weeks ago. This is my whole world, and it’s enough, or rather, it was until a few weeks ago. But, oh, Fred, I’ve been so foolish. I’ve fallen in love. I’m an ordinary woman. I didn’t think such violent things could happen to ordinary people.” (Laura Jesson)

Synopsis : Un homme et une femme mariés se rencontrent dans une gare…

Attention vous entrez dans la zone spoiler.

Ils se perdent de vue, se croisent dans la rue, déjeunent ensemble, vont au cinéma, se revoient le jeudi suivant, se promènent, s’embrassent, se fuient, sont désespérés à l’idée de ne plus se revoir, se revoient et puis se quittent.

David Lean se saisit d’un fait divers banal, l’adultère, pour en faire un drame réaliste du quotidien. L’intérêt du drame réside dans son absence de jugement moral. Pas de personnages viscéralement passionné comme la Lara du Docteur Zhivago ou déterminé comme le héros du Pont de la rivière Kwai. Les héros sont ici parfaitement ordinaires. Ils représentent l’anglais moyen. C’est d’ailleurs malgré eux qu’ils sont entraînés dans cette relation passionnelle. Contrairement aux héroïnes des comédies romantiques, Laura ne cherche pas à alimenter cette passion, bien au contraire. Elle lutte pour se délivrer d’un amour qui met en danger son mariage, son foyer ainsi que les conventions sociales et morales. Sa résignation est telle qu’elle n’envisage jamais de faire passer son amour avant la préservation de sa famille. Et si Laura s’égare parfois dans cette relation, elle finit à chaque fois par lui préférer son foyer. Laura rêve de retrouver son quotidien certes ennuyeux, mais tranquille et stable. Elle est tellement happée par son quotidien qu’elle semble en avoir oublié la vie. Ainsi, elle est surprise d’éprouver un sentiment – l’amour- qu’elle pensait être le propre des gens hors du commun, irréels.

Ce films ouvre sur plusieurs lectures. Une première dans laquelle Brève rencontre devient l’incarnation de l’esprit anglais, le drame d’une culture où les passions sont parfois entravées par l’impératif de la maîtrise de soi. Une seconde lecture s’inscrit dans le contexte de sortie du film, l’année 1946, soit dans l’immédiat après guerre. A travers  ce drame du quotidien, on peut en effet se demander si David Lean n’a pas cherché à restituer le climat de l’Angleterre d’après-guerre, où les individus souhaitaient ou se satisfaisaient d’un retour à la normalité qu’ils n’avaient pas connu depuis le début des hostilités. Ce choix d’une normalité terne, mais stable et rassurante, ne se fait-il pas contre les passions, potentiellement destructrices et facteurs d’instabilités ? En ces temps de reconstruction, l’ennui semble s’imposer comme un retour à la normalité, contre des passions mettant en danger le fragile équilibre de cette société.

Les deux acteurs principaux, Celia Johnson et Trevor Howard sont tous deux remarquables par la finesse dans leur interprétation de ce couple, tragiquement exalté par un amour impossible. Celia Johnson est pétillante de fraîcheur et de naturelle. Elle joue avec justesse ce personnage de femme ordinaire, peu accoutumée aux passions dévorantes. Trevor Howard est le parfait gentleman, charmant, classe, tout en retenu. Peut-être son personnage aurait-il été plus intéressant s’il avait été moins passionné et si comme sa partenaire, il était davantage en proie à un dilemme.

La musique de Rachmaninov amplifie l’aspect tragique de l’histoire. Elle sublime l’amour des personnages par la beauté de son rythme effréné, exprimant le tourbillon qui les précipite dans cet amour qu’ils redoutent sans pouvoir y échapper. La musique exprime la cadence accélérée du cœur amoureux, le déchirement de l’héroïne, la passion qui l’enserre progressivement jusqu’à lui rendre insupportable la séparation d’avec l’être aimé. Pour une version plus récente et plus passionnelle du même drame, voir Sur la Route de Madison de Clint Eastwood avec Meryl Streep.

Titre original : Brief Encounter. Réalisation : David Lean. Acteurs principaux : Celia Johnson (Laura), Trevor Howard (Dr Harvey), Stanley Holloway (Godby), Joyce Carey (Myrtle). Scénario : Noel Coward, D. Lean, Anthony Havelock-Allan. Musique : Rachmaninov. Pays d’origine : Grande-Bretagne. Date de sortie : 1945. Durée : 86mn (1h26). 1946 : Festival de Cannes, Grand Prix (David Lean).

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