Blue Jasmine

0 Flares 0 Flares ×

De WOODY ALLEN

« I fell in love with the name Jasmine »

blue-jasmine-poster[1]

Synopsis : Ruinée et seule après l’arrestation de son mari, un escroc, homme d’affaire fortuné qui a entraîné dans sa chute ses clients et ses proches, Jasmine quitte son appartement de la 5e Avenue new-yorkaise pour vivre chez sa sœur, dans un quartier populaire de San Francisco.

20130608-woo_1[1]

Attention vous entrez dans la zone spoiler.

 

A l’image de son héroïne, le dernier Woody Allen est pesant. On suit péniblement la déchéance financière et sociale qui entraîne Jasmine chez sa sœur, dans un quartier populaire de San Francisco, loin du débordement de luxe, des appartements spacieux et des mondanités de la haute bourgeoisie new-yorkaise. Sa chute et surtout le délire qu’elle promène avec elle, de la côte Est à la cote Ouest,  suscite un sentiment d’enfermement, comme si le spectateur était aspiré par sa bulle de folie. Incapable de se confronter au réel, Jasmine est dans le déni. Elle fuit les tromperies et les montages financiers douteux de son mari, elle fuit sa sœur qui lui rappelle ses origines sociales modestes, et elle se fuit elle-même, préférant endosser son rôle de composition, celui de « Jasmine ». Elle ne vit que pour ce rôle et quand son mari la délaisse pour une femme plus jeune, elle préfère mettre un terme à la pièce, en le dénonçant aux autorités, plutôt que d’endosser un rôle de second plan.

STA0806CATE_367428k[1]

Sa faillite financière ne fait qu’accentuer son délire, en la plongeant dans le milieu auquel elle tentait d’échapper et en la confrontant au pire des maux qu’elle puisse imaginer : le travail. Comment retrouver son rôle de prédilection, alors que la scène a rétréci et que la salle s’est vidée ? Elle tente une brève incursion dans le monde du travail, pour aussitôt le fuir et retrouver sa réalité imaginaire. Jasmine est son rôle et quand il disparaît, au lendemain de sa faillite et de son déménagement, elle est incapable d’accepter la réalité. Elle n’en veut pas. Or si l’idée de dominer la réalité pouvait sembler légitime dans les hautes sphères où son mari l’a hissé, un tel comportement devient risible, pathétique et folie dans le milieu populaire de sa sœur, où survivre impose, à l’inverse, de subir la réalité. Entre un ex-mari à la Madoff, à l’origine du détournement de plusieurs dizaines de milliards de dollars et une sœur employée type d’un centre commercial américain, touchant à peine quinze dollars de l’heure, le fossé n’est pas gigantesque, il n’a pas de mesure. Le sens des réalités n’est pas le même, la réalité non plus.

blue-jasmine7[1]

En précipitant son héroïne d’un extrême à l’autre, Woody Allen se plaît à observer, tel un scientifique avec son animal de laboratoire en cage, les réactions du cobaye dans son nouveau milieu. Chaque tentative vaine et pathétiquement irréaliste de Jasmine pour préserver son rôle passé, la rapproche de l’inévitable dénouement de l’expérience, son implosion morale. Faire encore illusion, coûte que coûte, non pas pour se sentir aimée, comme la Blanche du Bois nymphomane d’Un tramway nommé désir (Elia Kazan, 1951), mais pour occuper la scène. Et lorsque l’illusion s’évapore chez les autres, il ne lui reste plus qu’à jouer son rôle pour elle-même. Seule sur un banc, Jasmine dialogue avec ses anciennes relations new-yorkaises, dont elle occupe désormais les rôles laissés vacant. Probablement avant de poursuivre la représentation sur la scène d’un hôpital psychiatrique. Blue Jasmine est l’histoire d’une cécité qui à force de s’empêtrer dans ses illusions, s’échappe de la réalité pour se réfugier dans les souvenirs figés de son mémorable premier rôle.

Blue-Jasmin_38-535x355[1]

Retour aux origines new-yorkaises mitigé, après une promenade dans les capitales européennes. Woody Allen fait de moins en moins du Woody Allen. Son dernier film a une noirceur inédite et un humour imperceptible. Dommage que les tourments de ses personnages ne soient pas davantage approfondis, dommage qu’il n’ait pas davantage utilisé la crise économique et la retentissante affaire Madoff comme cadres pour l’intrigue, dommage que les dialogues manquent de saveur, dommage que les seconds rôles soient antipathiques et sans humour, dépourvus de complexité et d’intérêt, dommage que la morale finale du gentil looser honnête et fidèle, opposé au méchant escroc dragueur compulsif, soit aussi caricaturalement bienpensante. Woody Allen a une fâcheuse tendance à rester à la surface des phénomènes qu’il décrit, sans nous immerger dans les raisons profondes qui animent ses personnages. L’intérêt du film repose très largement sur son actrice principale, Cate Blanchett, une émouvante ravagée, qui nous fait ressentir avec finesse et réalisme, son basculement dans la folie et la superficialité égocentrique de certains milieux d’hyper-privilégiés.

blue_jasmine_48050650_st_4_s-high[1]

Titre original: Blue Jasmine. Réalisation : Woody Allen. Acteurs principaux : Cate Blanchett (Jasmine), Sally Hawkins (Ginger), Alec Baldwin (Hal), Bobby Cannavale (Chili), Andrew Dice Clay (Augie), Peter Sarsgaard (Dwight). Scénario : Woody Allen. Musique : Christopher Lennertz. Pays d’origine : Etats-Unis. Date de sortie : 2013. Durée : 98mn (1h38).

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>