Bagdad café

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De Percy Adlon

“I don’t believe it ! I mean she, she shows up outta nowhere without a car, without a map. She ain’t got nothing but a suitcase filled with men’s clothing. How come? How come she act so funny like she was gonna stay here forever? And with no clothes?! No! I don’t like it! It don’t make no sense at all! No, no, no, no, no! It don’t make no sense!” (Brenda)

Synopsis : En plein désert, à 200km de Las Vegas, une bavaroise, Jasmine, quitte son mari et erre jusqu’à un hameau isolé. Elle s’installe dans le motel attenant au café. La patronne, Brenda, qui vient d’être abandonnée par son mari, est méfiante envers cette étrangère à l’accoutrement et aux manières originales…

Attention vous entrez dans la zone spoiler.

Peu à peu, les deux femmes en viennent à s’apprécier. Ensemble, elles redonnent vie au café. Alors que Jasmine est menacée d’expulsion, un des clients du café, amoureux, la demande en mariage. Avant de lui répondre, elle part solliciter l’avis de Brenda.

Bagdad café traite de la rencontre et de l’amitié (de l’amour ?) improbable entre une grosse bavaroise égarée dans le désert et une femme noire mère de deux enfants, qui vivote dans un café-motel miteux au milieu de nulle part. Le film n’est ni joyeux, ni triste. Il suscite pourtant l’enthousiasme. En entrant dans cette communauté de marginaux, on a le sentiment d’être admis dans un lieu à part, une sorte de mirage du désert. Les plans filmés en diagonal au début du film bousculent les repères des spectateurs. D’emblée, le cinéaste présente une perspective originale sur le monde. Entre la mère hystérique, la fille qui s’entiche de camionneurs, le fils adolescent mélomane de musique classique et père d’un nourrisson, ce n’est pas la normalité qui l’emporte. Sur ce bout de désert, la marginalité est devenue chose commune, comme si pour s’adapter à ces conditions extrêmes, les habitants avaient dû mettre de côté le polissage de la société pour laisser libre cours à leurs envies.

Mais dans cette microsociété où les membres sont décalés, une autre forme de train-train s’est instaurée. En apparence, l’enfermement des personnages dans leur quotidien est différent, car ce quotidien paraît très étrange. Il s’avère en réalité très proche de celui présent dans la société. Manière de dire que derrière des apparences étrangères, on retrouve en fait les mêmes comportements et réactions. L’ennui est le même, l’humanité est la même.

L’arrivée de l’étrangère va peu à peu délivrer cette communauté de son enfermement et rompre le charme qui semblait l’avoir plongé dans l’ennui, en réduisant ses habitants à des pantins apathiques. Alors que rien ne semblait jusque-là possible, pas même d’avoir un café dans ce café-motel, la bavaroise, par son esprit d’initiative, son énergie et sa sollicitude, va insuffler un dynamisme libérateur. Bagdad Café c’est le réveil à la vie d’une communauté endormie grâce à l’énergie et à l’imagination d’une étrangère.

Le caractère improbable de cette rencontre entre deux femmes que tout oppose, dans un environnement hors norme, donne au film son originalité et son intérêt. Sous ses airs un peu sinistre, il délivre une image positive de la vie. Même dans le plus désolé des endroits, tout reste possible. En somme, la vie est si forte qu’elle peut réveiller un bout de désert endormi. Le film porte une espérance puissante, celle de la liberté qui nous est donnée de redéfinir nos vies et d’être ouvert au changement.

Titre original : Out of Rosenheim. Réalisation : Percy Adlon. Acteurs principaux : Marianne Sägebrecht (Jasmine), .CCH Pounder (Brenda),  Jack Palance (Rudi Cox), Christine Kaufmann (Debby),  Scénario : Percy Adlon, Eleonore Adlon. Musique : Bob Telson (Calling You, paroles et musique de Bob Telson, chanson interprétée par Jevetta Steele). Pays d’origine : Allemagne. Date de sortie : 1987. Durée : 95mn (1h35). César du meilleur film étranger 1989 pour Percy Adlon. Nomination à l’Oscar de la meilleure chanson originale avec Calling You (Bob Telson).

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