Autant en emporte le vent

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De VICTOR FLEMING

  » As God is my witness, as God is my witness they’re not going to lick me. I’m going to live through this and when it’s all over, I’ll never be hungry again. No, nor any of my folk. If I have to lie, steal, cheat or kill. As God is my witness, I’ll never be hungry again” (Scarlett)

Synopsis : PARTIE 1 : Géorgie 1861. Scarlett O’Hara appartient à une famille sudiste de la haute société, qui exploite le coton sur le vaste domaine familial de Tara. Surpassant en beauté les filles de la région, elle collectionne les courtisans. Mais elle a déjà jeté son dévolu sur un homme, Ashley Wilkes.

Attention vous entrez dans la zone spoiler.

Lors d’une réception organisée à Tara, elle lui déclare fougueusement son amour. Ce dernier l’éconduit et lui annonce son prochain mariage avec sa cousine, Melanie. Dépitée, Scarlett fait exploser sa rage devant un inconnu, Rhett Butler, qui tombe aussitôt sous son charme. Le soir même, la guerre éclate. Ashley épouse Melanie et part sur le front. Scarlett épouse le frère de Melanie, Charles, qu’elle n’aime pas. Il meurt rapidement à la guerre. Scarlett décide alors d’aller à Atlanta, rejoindre sa tante et Melanie qui est enceinte.

PARTIE 2 : A Atlanta, elle croise Rhett, qui profite de la guerre pour s’enrichir en spéculant. Le conflit se rapproche de la ville à mesure que les nordistes gagnent du terrain. Alors qu’Atlanta sombre dans l’anarchie, Scarlett reste pour aider Melanie à accoucher. Rhett les aide ensuite à quitter Atlanta, dévastée par les flammes. Sur le chemin, il déclare sa passion à Scarlett, mais les quitte pour s’engager aux côtés des sudistes. La jeune fille retourne à Tara avec Melanie et son bébé. Sur place, elle découvre avec stupéfaction les ravages de la guerre. Tara est à l’abandon. Les esclaves ont fui. Sa mère est morte, son père a sombré dans la folie et ses sœurs sont démunies et affaiblies. Scarlett se jure de conserver la propriété familiale et de lutter pour retrouver leur position sociale.

PARTIE 3 : Malgré leur pauvreté, Scarlett parvient à faire vivre toute la maisonnée en cultivant la terre de Tara. La fin de la guerre permet le retour d’Ashley, dont le cœur vacille entre la douce Melanie et l’impétueuse Scarlett. Incapable de payer l’augmentation des taxes sur Tara, Scarlett se rend à Atlanta pour demander l’aide de Rhett. Emprisonné pour meurtre, elle lui rend visite et cherche à lui monnayer ses charmes. Devant son refus, elle se rabat sur le fiancé de sa sœur, Frank Kennedy, qui dispose d’un capital confortable. Scarlett l’épouse, paie les impôts et débute un commerce prospère dans la vente de bois. En se rendant à une scierie, Scarlett est malmenée. Son mari et Ashley s’empressent alors de la venger en tuant les agresseurs. Frank meurt tandis qu’Ashley, sur le point d’être arrêté, est sauvé par Rhett. A nouveau veuve, Rhett lui offre sa main. Elle accepte.

PARTIE 4 : Scarlett accouche d’une fille. Devant la froideur de Scarlett, Rhett reporte son amour sur leur fille. Scarlett manque de mourir en faisant une fausse couche. Puis, nouveau drame, leur petite fille meurt accidentellement, laissant Rhett inconsolable. Melanie meurt en couche, et alors qu’Ashley est enfin libre, Scarlett comprend qu’elle aime Rhett. Mais ce dernier, convaincu de l’amour impérissable  de Scarlett pour Ashley la quitte. Loin d’être démoralisée, elle se promet de le reconquérir.

Autant en emporte le vent, c’est la déclaration d’amour de Margaret Mitchell au Vieux Sud, du temps des plantations opulentes, des demeures de caractère imposantes, des gentlemen et des histoires d’amour passionnées et tumultueuses. Un style de vie et une époque révolus après la guerre de Sécession. Le film recrée magnifiquement bien l’atmosphère du livre, la beauté idéalisée de cette région et de cette époque. Derrière la caméra de Victor Fleming, la région s’anime et au cœur de ce territoire, la majestueuse propriété familiale, Tara, devient un personnage à part entière. Récit d’une époque perdue, le film est également l’apologie d’une rage de vaincre, jamais satisfaite, toujours en lutte contre l’adversité. Scarlett O’Hara incarne cette force vitale du Sud, territoire dévasté mais qui lutte pour sa survie et qui en s’adaptant parvient finalement à survivre aux révolutions en cours.

 Le couple phare- Scarlett et Rhett- crève l’écran et compte dans le panthéon des amants légendaires du cinéma. Leur histoire d’amour, passionnelle et destructrice est un modèle dans le genre de la comédie romantique : un homme et une femme perdus dans le tourbillon de la passion, se haïssent, s’aiment, se cherchent, se quittent, se retrouvent, sans jamais parvenir à s’accorder. Au centre de ce duo, la figure extraordinaire de Scarlett brille d’un éclat particulier, avec son charisme et sa volonté hors normes. Janet Leigh l’incarne avec brio. Elle nous fait ressentir à la fois sa vitalité, son courage, sa force et sa passion, mais aussi sa superficialité et son égoïsme destructeur. Charmante et détestable à la fois. De son côté, Clark Gable dégage un charme ténébreux, moins intéressant car plus lisse que celui de Scarlett, mais indéniable.

Quant à la réalisation, elle est superbe. Le découpage du film en quatre époques, représentées par quatre couleurs différentes (vert, rouge, brun, noir) insuffle une dimension temporelle et épique puissante. Le vert symbolisant la fertilité et la prospérité du Vieux Sud se mue ainsi en rouge quand la guerre éclate. Le rouge annonce le saccage du Sud, le sang de ses soldats et la destruction de sa terre. Les scènes teintées de rouge exposent avec force les bouleversements du Vieux Sud. Elles révèlent le destin des héros sudistes, pris dans la guerre, englués dans les difficultés financières et amoureuses, vivant dans le souvenir d’un glorieux passé, sans être en mesure d’affronter un avenir inquiétant. Puis surgit le brun, annonciateur des jours difficiles et de l’impossible retour à la situation d’avant-guerre. Le noir finit par l’emporter, signifiant la disparition d’une époque et d’une grandeur à jamais révolue, emportée par le vent.

La musique agit comme un amplificateur des passions et achève de nous emporter définitivement dans le tourbillon de la vie des personnages. Cette grande fresque romanesque n’échappe cependant pas à l’idéologie du livre, pro-sudiste, présentant une image positive de l’esclavage et dépeignant les nordistes comme de vils individus, sans valeurs ni morale. Une scène particulièrement révélatrice de cette orientation idéologique est celle où un couple de noirs est présenté comme des profiteurs de guerre, car ils ont l’audace de vouloir acheter une propriété, comme si non contents d’être émancipés, ils s’imaginaient en plus se hisser au rang des blancs et devenir leur égaux, voire leur maître.

En 1939, à la sortie du film, les mentalités dans le Sud n’avaient pas tellement évolués. L’actrice noire Hattie MacDaniel, oscarisée pour son rôle de gouvernante de Scarlett, s’est vue interdire l’accès à la première du film, à Atlanta, en raison des lois raciales alors en vigueur. Par solidarité, Clark Gable refusa d’abord de s’y rendre, mais MacDaniel le persuada d’y aller.  Le film censé décrire l’effondrement du vieux Sud révélait ainsi la persistance de ses mentalités.

Titre original : Gone with the wind. Réalisation : Victor Fleming. Acteurs principaux : Clark Gable (Rhett Butler), Vivien Leigh (Scarlett O’Hara), Leslie Howard (Ashley Wilkes), Olivia de Havilland (Melanie Hamilton), Thomas Mitchell (Gerald O’Hara), Hattie MacDaniel (Mammy), Butterfly McQueen (Prissy). Scénario : S. Howard, d’après Margaret Mitchell. Musique : M. Steiner. Pays d’origine : Etats-Unis. Date de sortie : 1939. Durée : 225 mn (3h45). RECOMPENSES : Oscars 1939 : 13 nominations et 8 trophées : Oscar du meilleur film, Oscar du meilleur réalisateur pour Victor Fleming, Oscar du meilleur scénario adapté pour Sidney Howard, Oscar de la meilleure actrice pour Vivien Leigh, Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle pour Hattie McDaniel (Premier Oscar attribué à un acteur ou actrice noire), Oscar de la meilleure photographie pour un film en couleur pour Ernest Haller et Ray Rennahan, Oscar du meilleur montage pour Hal C. Kern et James E. Newcom, Oscar de la meilleure direction artistique pour Lyle R. Wheeler. Deux prix spéciaux : récompense technique spéciale pour le décorateur William Cameron Menzies et Récompense scientifique ou technique collective pour d’importantes contributions en faveur du développement de nouveaux matériels et procédés d’éclairage.

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