Au seuil de la vie

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D’INGMAR BERGMAN

 « Jamais je n’ai été si proche de la vie. Mais la vie m’a glissé entre les doigts. » (Cecilia)

Synopsis : Dans la maternité d’un hôpital suédois, trois femmes partagent une chambre. Cecilia, malheureuse dans son mariage, vient de faire une fausse couche. Hjördis, une fille-mère délaissée par son amant, est soignée après avoir tenté d’avorter. Stina, heureuse en mariage, attend avec joie l’arrivée de son bébé. A travers l’expérience de la maternité, chacune va expérimenter la dureté de la vie et s’interroger sur le sens de son existence.

 

Attention vous entrez dans la zone spoiler.

Reliant sa fausse couche à la détérioration de son couple, Cecilia quitte son mari. Stina perd son nouveau-né lors d’un accouchement difficile et sombre dans le désespoir. Hjördis décide de garder son enfant en l’élevant seule.

 Comme on pouvait s’y attendre avec Bergman, ce n’est pas à travers les joies de la maternité qu’il aborde l’apparition de la vie. Sur les trois héroïnes, deux perdent leur bébé dans des conditions dramatiques et la troisième finit par se résoudre à le garder, sous la pression de son entourage. Il est étrange que pour un film sur l’enfantement, on assiste à aucun accouchement heureux. Contrairement à la plupart de ses réalisations, Bergman ne soulève ici aucune question. Il avance sur un sujet qu’il semble mal maîtriser, la maternité, et son film s’en ressent. Ce qui l’intéresse n’est pas la vie concrétisée par l’arrivée du bébé, mais le moment où dans le corps des femmes, elle se prépare à advenir. C’est le passage de la vie dans le corps féminin et ses répercussions sur leur état mental et physique qui concentre son attention. Au seuil de la vie est un film sur les femmes avant d’être un film sur la naissance. Et si Bergman ne pénètre pas au cœur du questionnement, peut-être est-ce parce que pour lui cette relation entre les femmes et la vie demeure mystérieuse.

Le pouvoir extraordinaire de transmettre la vie dont disposent les femmes s’accompagne ici d’une insistance sur leur souffrance. La douleur liée à l’enfantement apparaît crument et brutalement, dans la crispation des corps et des visages. Non seulement la femme souffre, mais elle est seule dans cette épreuve. Entre un mari distant et sans amour, un amant refusant sa paternité et un mari aimant et attentionné, la situation des trois héroïnes n’est pas fondamentalement différente. Elles seules portent ou perdent leur enfant. Elles seules doivent endurer un corps déformé par la grossesse et par la douleur. Elles seules ressentent la blessure morale d’avoir failli à ce qu’elles perçoivent comme la règle de l’espèce- la reproduction- lorsqu’elles ne parviennent pas à préserver cette vie si fragile, dont elles sont les gardiennes.

Cette lutte féminine pour la vie parcourt le film avec force. En creux, la dureté de cette lutte souligne la fragilité de la vie. Donner la vie est un acte hasardeux, difficile- physiquement et moralement- dont beaucoup de femmes n’en ressortent pas indemnes.  L’analyse est intéressante, originale (un sujet rarement traité au cinéma) et moderne pour une époque où il était socialement admis que donner naissance était un acte merveilleux et nécessaire dans la vie d’une femme. Nombre d’aspects du film paraissent aujourd’hui anachroniques dans nos sociétés modernes, grâce aux progrès considérables réalisés dans la prise en charge de la douleur et en raison de l’implication plus forte des pères avant, pendant et après l’accouchement. Mais le film n’en demeure pas moins très intéressant, soit comme témoignage historique, soit comme témoignage actuel de la situation des femmes dans les pays où, accoucher reste encore un défi douloureux. Au-delà de ces aspects parfois historiquement datés, une analyse assez fine du lien particulier entre la femme et la vie.

Titre original : Nära livet. Réalisation : Ingmar Bergman. Acteurs principaux : Erland Josephson (Anders Ellius), Ingrid Thulin (Cecilia Ellius), Eva Dahlbeck (Stina Andersson), Barbro Hiort-Af-Ornas (Britta), Bibi Andersson (Hjördis Petterson). Scénario : I. Bergman d’après Ulla Isaksson. Pays : Suède. Date de sortie : 1957. Durée : 82mn (1h22). Festival de Cannes 1958 : Prix de la mise en scène pour I. Bergman, Prix d’interprétation féminine pour Ingrid Thulin, Eva Dahlbeck, Barbro Hiort-Af-Ornas et Bibi Andersson.

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