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Argo

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De Ben Affleck

 « Lester Siegel: The saying goes, « What starts in farce ends in tragedy. »

John Chambers: No, it’s the other way around.

Lester Siegel: Who said that exactly ?

John Chambers: Marx.

Lester Siegel: Groucho said that ? »

Synopsis : Le 4 novembre 1979, en pleine révolution iranienne, des militants envahissent l’ambassade américaine de Téhéran, et prennent 52 Américains en otage. Six Américains réussissent à s’échapper et à se réfugier au domicile de l’ambassadeur canadien. Une course poursuite s’engage alors pour le gouvernement américain pour faire sortir les rescapés avant qu’ils ne soient découverts par le régime iranien. Un agent de la CIA, Tony Mendez, a l’idée de monter un faux film de science-fiction dont le tournage aurait lieu en Iran. En faisant passer les rescapés pour des membres de l’équipe du film, il va tout faire pour les sortir du pays…

Ben Affleck réussit un thriller politique à l’ancienne, insufflant un suspens à chaque scène, sans avoir recours à un rythme effréné ou à des effets spéciaux en cascade.  Emporté au coeur du groupe de rescapés, on vit intensément ces journées aux côtés des fugitifs, ressentant leurs craintes et la tension haletante de leur situation. On sursaute à chaque obstacle, on tremble à l’idée d’un oubli dans leur fausse identité, on craint chaque regard mal interprété. Argo a un rythme plus lent que les thrillers actuels. Il s’éloigne également de la stylisation à outrance de nombreux thrillers hollywoodiens où chacun semble toujours parfaitement à sa place, dans des décors reluisants, où les scènes s’enchaînent avec une parfaite maîtrise et où les protagonistes s’expriment avec des phrases toujours bien pensées, faisant montre de leur contrôle de la situation. Retrouvant l’esprit des thrillers politiques américains des années 70, Argo ravive l’atmosphère relativement désordonnée de l’époque, avec un Hollywood un brin artisanal, à moitié décrépit.

Le film se distingue également du genre du thriller nationaliste, à la Spy Game, qui exalte les valeurs américaines avec musique fanfaronnante et autres répliques vantant la grandeur de l’armée. La responsabilité des Etats-Unis dans la chute du laïc Mossadegh et le soutien au régime dispendieux et oppressif du Shah ne sont pas passés sous silence. Pour autant, le film ne sombre pas dans un relativisme repentant où les Etats-Unis se retrouveraient sur le même ban des accusés que le régime iranien de Khomeini.

En dehors du comique de certaines situations, la confrontation entre les américains décontractés aux cheveux longs, aux lunettes trop grandes, endossant de faux rôles dans une fausse production et les hordes religieuses déchaînées contre le diable américain, suscite à la fois l’amusement et l’effroi, tant le fossé paraît grand entre eux. Entre l’imagination et le fondamentalisme religieux, le contraste est saisissant. Entre la créativité libératrice et le dogmatisme oppressant, la lutte est captivante.

Le scénario plagiant la guerre des étoiles dans un décor oriental a beau être de la science- fiction, la rencontre entre Hollywood et le Moyen-âge est bien du troisième type. Argo donne un aperçu glaçant de cette société ayant sombré dans l’obscurantisme religieux, où se côtoient des femmes voilées hurlant à la mort de l’Amérique et des Américains qu’elles en ont face d’elles, des gardes pourchassant impitoyablement les occidentaux alors même qu’ils ont fait leurs études en Occident et enfin, quelques individus bravant le régime pour défendre une humanité menacée, à l’instar de la gouvernante de l’ambassadeur canadien, qui met en jeu sa vie pour protéger les six américains. Ces contrastes sont effrayant tant ils soulignent la capacité d’individus à sombrer rapidement et facilement dans l’idéologie la plus rétrograde.

Mais Argo ne se contente pas d’un éclairage sur l’affrontement entre les Etats-Unis et l’Iran islamique. Le film aborde également l’enjeu de l’incursion d’Hollywood dans la politique, à partir du moment où les évènements deviennent retravaillés par des communicants pour en faire de belles histoires. La politique devient en partie une histoire scénarisée, visant à satisfaire une audience de plus en plus exigeante, dans un contexte de crise économique et politique. L’idée était intéressante mais on peut regretter que Ben Affleck l’ait insuffisamment creusé, préférant en rester à une dimension divertissante et gentiment satyrique d’Hollywood. Enfin certaines scènes hollywoodiennes mielleuses auraient pu être évitées, celle où le héros rentre chez lui n’apporte par exemple pas grand chose au film, en dehors d’un happy end un peu poussif.

Concernant l’historicité du film, les six américains sont bien restés trois mois cachés chez l’ambassadeur canadien, le maquilleur oscarisé pour La Planète des singes, John Chambers, a non seulement contribué à la promotion du faux film Argo mais a aidé à de très nombreuses reprises la CIA. Au rayon des erreurs historiques assumées, la mission n’a pas été annulée par le gouvernement américain au dernier moment et Tony Mendez n’a pas décidé contre sa hiérarchie de poursuivre la mission. Il y a certes eu un délai d’approbation de la mission par le président, mais d’une part, cela s’est déroulé avant son départ pour l’Iran et d’autre part, à l’issu du délai, Carter a entièrement soutenu le projet. Même s’il a risqué sa vie pour sauver les six, Tony Mendez n’a donc pas agi seul contre sa hiérarchie.

D’autres inventions historiques secondaires apparaissent dans le film, telle que la course poursuite en voitures des gardes iraniens sur la piste de décollage à Téhéran, qui n’a jamais eu lieu. Le titre du faux film de science-fiction « Argo », n’est pas une invention d’un scénariste hollywoodien mais de Tony Mendez (le titre original était « Lord of Light »). Il a choisi ce nom en référence à l’une de ses blagues favorites : « Who’s there ? » « Argo » « Argo who? » « Argo fuck yourself » (cette dernière expression s’adressant peut-être à l’Iran). Enfin, des points historiques font encore débats tel que le rôle prépondérant du Canada dans la libération des Six, plutôt minimisé dans Argo au profit de la CIA. C’est en réalité l’ambassadeur canadien qui a contacté le gouvernement américain pour hâter la libération des otages. Pour conclure, une dernière anecdote, pour convaincre les autorités iraniennes d’autoriser le tournage du film, des agents de la CIA leur ont expliqué qu’Argo était un film de science fiction destiné à glorifier la religion musulmane.

Ci-dessous, un dessin authentique pour le scénario d’Argo (de Jack Kirby- Kirby Museum) et l’affiche d’époque.

Titre original : Argo. Réalisation : Ben Affleck. Acteurs principaux : Ben Affleck (Tony Mendez), Alan Arkin (Lester Siegel), Bryan Cranston (Jack O’Donnell), Kyle Chandler (Hamilton Jordan), John Goodman (John Chambers), Taylor Schilling (Christine Mendez). Scénario : Chris Terrio d’après l’article de presse Escape from Teheran de Joshuah Bearman. Musique : Alexandre Desplat. Pays d’origine : Etats-Unis. Date de sortie : 2012. Durée : 120 mn (2h).

4 réflexions au sujet de « Argo »

  1. Le film montre bien avec quelle rapidité une civilisation même millénaire sombre bien vite dans l’obscurantisme lorsque les forces intégristes ne sont pas combattues de toutes nos forces. C’est d’ailleurs à mettre en perspective avec Agora. Des conclusions à en tirer pour notre société actuelle…

  2. Merci pour cette critique ! J’ai trouvé ce film très fin et mesuré, notamment grâce à son ryhtme mêlant à la fois tension constante et une certaine lenteur (la situation ne se règle pas en 24 heures et on assiste à toutes les étapes de la mise en place du plan Argo). Cela donne beaucoup d’intensité et de crédibilité au film je trouve. Ce rythme me fait d’ailleurs un peu penser à celui de la série Homeland…sauf que dans Argon les gentils finissent quand même par s’en sortir :-)

  3. Très bonne analyse, Liv.

    Ce que je trouve rigolo, c’est de voir d’une part les khomeinistes usant à outrance des images (car cette crise a été une guerre d’images avant tout), avec des mises en scène pathétiques (le simulacre d’exécution), et d’autre part des vrais pros du cinéma qui vont leur damer le pion avec les mêmes armes. Sous-entendu : nous, à Hollywood, on sait faire du vrai cinéma.

    A mon sens, Argo rejoint le « To be or not to be » (version Lubitsch, bien sûr) : dans les deux films, on a un camp (les Khomeinistes dans Argo, la Gestapo dans le Lubitsch) qui utilisent (mal) le spectacle et la mise en scène pour arriver à leurs fins, et un autre camp qui va également utiliser le spectacle (mieux) pour les berner, à savoir, dans les deux films, leur échapper.

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