Alabama Monroe

0 Flares 0 Flares ×

DE FELIX VAN GROENINGEN

Alabama MonroeSynopsis : Didier et Élise vivent une histoire d’amour passionnée et rythmée par la musique. Lui, joue du banjo dans un groupe de Bluegrass Country et vénère l’Amérique. Elle, tient un salon de tatouage et chante dans le groupe de Didier. De leur union fusionnelle naît une fille, Maybelle…

Attention vous entrez dans la zone spoiler.

 

Difficile de critiquer un film sur la mort d’un enfant, surtout quand cette mort entraîne le suicide de sa mère. Des évènements aussi dramatiques ne peuvent que toucher le spectateur et susciter son empathie. Mais les larmes font-elles un bon film ? La musique est émouvante et confère au film une certaine authenticité. La marginalité des héros les rend plutôt sympathiques. Le délitement du couple fusionnel, à la mort de leur petite fille, semble assez réaliste. On ressort néanmoins avec le désagréable sentiment que faute d’avoir su développer l’analyse de ses personnages, le cinéaste a misé sur l’émotion facile suscitée par la douleur. A quoi bon, en effet, cette longue scène où la petite fille, en soins palliatifs, attend avec désespoir la belle histoire réconfortante de son père sur l’immortalité des étoiles ? A quoi bon faire croire au réveil de la mère, après son suicide, alors qu’elle est en réalité déjà morte cliniquement ? L’incapacité d’un couple à survivre à la mort d’un enfant est un sujet qui aurait mérité une approche moins lourdement empêtrée dans le pathos. Entre une mère qui se raccroche à des croyances et un père athée, qui convertit son désespoir en une révolte contre les défaillances de la société, il y avait matière à des analyses plus poussées.

alabama-monroe-johan-heldenbergh-veerle-baetens[1]

Le film n’est pas dénué de qualités. Les séquences musicales de Bluegrass country sont réussies, les acteurs ont un jeu réaliste. Mais la lourdeur de nombreuses scènes rend le film difficilement supportable, tout en soulignant son manque d’inspiration. Faire pleurer sur la mort d’un enfant et sur la descente aux enfers de ses parents n’a pas grand intérêt en soi. Sur un thème proche, Nanni Moretti, dans La Chambre du fils, avait autrement plus de finesse dans l’évocation du fils brutalement disparu et ses répercussions sur le bonheur familial.

Titre original: Alabama Monroe. Réalisation : Felix Van Groeningen. Acteurs principaux :  Johan Heldenbergh (Didier), Veerle Baetens (Elise), Nell Cattrysse (Maybelle). Scénario : Johan Heldenbergh, Mieke Dobbels, Carl Joos et Felix Van Groeningen. Musique : Bjorn Eriksson. Pays d’origine : Belgique. Date de sortie : 2013. Durée : 111 mn (1h51).

3 réflexions au sujet de « Alabama Monroe »

  1. Nous n’avons pas la même vision du film, apparemment. Je n’ai pas trouvé que ça manquait d’inspiration, au contraire. C’est linéaire d’un certain point de vue, mais si tu considères que c’est un mélodrame, je crois qu’on peut dire que c’est l’un des plus « purs » qui soient. Je crois en tout cas à la sincérité du film.

    Ta chronique reste tout à fait argumentée et donc intéressante. Heureusement que tu préviens pour la « zone spoilers ». Je regrette simplement que tu n’évoques guère ton avis sur le montage du film.

    SPOILERS ALERT POUR MOI AUSSI !
    Pour ma part, je publierai mon avis dans quelques semaines, mais j’ai essayé de ne rien révéler au sujet de Maybelle.

  2. Rien à dire sauf que Alabama Monroe est le plus beau film de l’année, le plus émouvant, le plus musical. Je plains sincèrement celles et ceux qui écrivent des critiques négatives.

  3. Salut Martin et merci pour ton commentaire ! D’abord, au sujet du spoiler, j’ai hésité et puis j’ai pensé que je ne pouvais pas vraiment expliquer le film sans en révéler l’aspect tragique. Ensuite, concernant le film en lui-même, le montage ne m’a pas convaincu. Il est certes original, avec ses mouvements incessants entre passé et présent, mais j’ai trouvé qu’il usait de manière trop répétitive des mêmes scènes musicales, pour adoucir l’aspect tragique. A plusieurs reprises, cette construction m’a dérangé, notamment quand le film fait apparaître des personnages qui sont déjà morts, ce que j’ai trouvé d’assez mauvais goût. Par contre, j’ai apprécié la manière réaliste et vivante avec laquelle les scènes musicales sont tournées. De même pour les scènes d’extérieur. Je comprends qu’en raison de son contenu « fort » émotionnellement, ce film ait pu toucher beaucoup de spectateurs. L’opposition métaphysique entre les parents, qui mène à la destruction du cercle qui les unissait, lors de la mort de leur fille, m’a paru juste. Mais de manière générale, le film m’a déçu par son recours trop exagéré à l’émotion facile (comment ne pas être ému devant la perspective de la mort d’un enfant ?).

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>