Royal Affair

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De Nikolaj Arcel

Synopsis : Danemark 1770. Noblesse et Eglise contrôlent le Danemark au détriment du jeune roi fou Christian VII. A la suite d’un voyage en Europe, le roi se lie étroitement avec un médecin prussien athée, Johann Struensee, adepte de la philosophie des Lumières. Ce dernier devient son plus proche conseiller et l’amant de la reine, Caroline Mathilde. Avec l’aide de la reine, Struensee convainc le roi d’initier une vaste réforme du royaume…

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Hostiles aux réformes qui remettent en cause leur pouvoir, les forces traditionnelles répandent des rumeurs au sujet de la relation entre le médecin et la reine. Une intrigue menée par la reine mère entraîne l’exil de Caroline Mathilde et l’exécution de Struensee. Tandis que le roi est écarté du pouvoir, le Danemark sombre de nouveau dans l’obscurantisme. Mais son fils Frederik VI, parvenu au pouvoir, reprend le flambeau des réformes en allant plus loin que Struensee.

L’esprit des Lumières parcourt ce film en véhiculant ses idées, son effervescence, son humanisme et sa fragilité face à des idéologies fortes de leur dogmatisme oppressif. Face à ce ménage à trois réformiste, composé d’un roi mentalement instable, d’une Anglaise progressiste et d’un Prussien adepte des philosophes, se dressent les pouvoirs conservateurs et religieux. Mais c’est avant tout la lutte d’un homme, Johann Struensee, mort pour avoir déchiré le rideau de l’obscurantisme recouvrant alors le Danemark, dont il est question. La lutte du médecin philosophe incarne l’émergence de l’individu, produit des Lumières, contre des forces traditionnelles définies par le groupe (noblesse, clergé…). Nommé conseiller d’Etat, il se lance dans une profonde réforme du royaume danois, avec le soutien du roi et de la reine.

L’audace de son projet est l’audace d’un siècle où les idées philosophiques deviennent des projets politiques, l’audace d’un siècle où la liberté devient  une revendication portée par quelques individus éclairés. Struensee incarne ce passage à l’acte de l’idée. Issu du peuple, travaillant parmi le peuple, il veut réformer les conditions de vie du peuple (vaccination, nettoyage des rues…) et œuvrer pour l’arracher aux ténèbres dans lesquels il est relégué. Le film montre bien l’énergie débordante du médecin, enchaînant les réformes pour répandre le plus vite possible les Lumières au Danemark. A travers cette énergie, on ressent le caractère insolite de ce moment historique, où le pouvoir est entre les mains d’un homme qui ne cherche pas à consolider sa puissance, mais- fait exceptionnel dans l’histoire- à combattre le pouvoir des forces traditionnelles. Durant son cours « règne », Struensee parvint à abolir le servage, la torture, la prison pour dettes et les corporations.

Mais il est finalement mort sans avoir réussi à rallier à sa cause ceux-là même pour lesquels il a œuvré. Sa tragédie est d’avoir cru à lui seul pouvoir réformer un pays et d’avoir pris le peuple pour un individu éclairé. Car son projet soulève non seulement l’hostilité des pouvoirs en place, mais également celui d’un peuple incapable de saisir les bénéfices concrets de sa politique inspirée des Lumières. Ainsi, lorsque la nouvelle de l’arrestation de Struensee se répandit à Copenhague, des débordements populaires contre les réalisations du médecin eurent lieu. Mécontent des réformes, scandalisé par la position de ce roturier devenu l’éminence politique du Royaume, révolté par sa relation adultérine avec la reine, le peuple s’est révolté contre celui-là même qui tentait de l’émanciper. L’historien danois, Asser Amdisen, auteur d’une biographie sur Struensee, raconte un épisode au cours duquel le peuple pris d’assaut le café Gabel, à Copenhague. Crée par Struensee, il avait vocation à devenir un club prestigieux pour hommes d’affaires, sur le modèle du Lloyds londonien. Le peuple s’en empara en croyant s’attaquer à un bordel de luxe. L’impopularité de Struensee semble avoir persisté longtemps au Danemark.

Ce film nous éclaire sur l’histoire peu connue du Danemark, laboratoire des Lumières pour toute l’Europe et sur le rôle révolutionnaire d’un trio hors du commun qui est parvenu, contre les puissants et contre le peuple, à insuffler un vent de liberté. Et si l’homme est mort, son idée s’est diffusée grâce à la génération suivante.

Titre original : En kongelig affære. Réalisation : Nikolaj Arcel. Acteurs principaux : Mads Mikkelsen (Johann Friedrich Struensee, le médecin du roi), Alicia Vikander (Caroline Mathilde de Hanovre, la reine), Mikkel Boe Følsgaard (Christian VII de Danemark, le roi), Trine Dyrholm (Juliane Marie de Brunswick, la reine douairière), David Dencik (Ove Høegh-Guldberg, théologien meneur de l’opposition). Scénario : Rasmus Heisterberg et Nikolaj Arcel d’après Prinsesse af blodet de Bodil Steensen-Leth. Musique : Cyrille Aufort et Gabriel Yared. Pays d’origine : Danemark/Suède/République tchèque. Date de sortie : 2012. Durée : 137mn (2h17). 2012 : Ours d’argent du meilleur scénario à la Berlinale 2012. 2012 : Ours d’argent du meilleur acteur à la Berlinale 2012 pour Mikkel Boe Følsgaard.

2 réflexions au sujet de « Royal Affair »

  1. Ce que je n’arrive pas bien à comprendre c’est pourquoi le docteur Struensee est resté si longtemps impopulaire au Danemark. Pourquoi le peuple était-il mécontent des réformes? Pourquoi les historiens du XIX n’ont ils pas corrigé cette vision négative de Struensee?

  2. Je ne connais pas très bien l’histoire du Danemark. Néanmoins, il me semble que le peuple a été mécontent car les réformes de Struensee ont été instrumentalisées par ses adversaires pour lui nuire. Elles sont ainsi apparues comme la tentative de coup d’Etat d’un étranger, adepte de philosophies subversives, pour s’emparer du pouvoir. Pour le peuple, il était contre-nature qu’un roturier se substitue à leur roi, dans la gestion du royaume et auprès de la reine. De plus, Struensee a remis en cause un certain nombre de privilèges qui touchaient la noblesse, l’Eglise et la bourgeoisie. Il a notamment tenté de réformer l’administration, en réorganisant la fonction publique, ce qui a fortement déplu. Certaines de ses mesures ont également heurté la morale populaire. La création d’un lieu où les mères pouvaient déposer leur nouveau-né, afin d’éviter les infanticides, a été perçue comme une incitation à la débauche. Concernant la position des historiens, il faut distinguer entre la position des historiens danois et celle des historiens européens, qui ont dépeint Struensee d’une manière plus positive. Sa condamnation pour crime de lèse-majesté, sa personnalité anticonformiste et ouvertement irréligieuse et sa toute-puissance sont probablement des explications à ce désamour tenace des Danois pour ce grand réformateur.

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